PAPSS : Le paiement transfrontalier, un pilier pour stimuler le commerce intra-africain
Alors que la ZLECAf entre dans sa phase opérationnelle, la facilitation des paiements intra-africains devient l’enjeu central pour transformer l’accord en flux commerciaux concrets. Supprimer les droits de douane ne suffit pas à faire circuler les marchandises. Pour qu’une PME d’un pays vende dans un autre ou qu’un industriel s’approvisionne dans un pays africain, il faut que l’argent circule aussi vite. Biashara Africa 2026 a consacré une thématique sur cet aspect sur lequel se joue l’avenir du marché unique africain.
Selon les panelistes, faciliter les paiements transfrontaliers au sein de la ZLECAf est essentiel pour stimuler le commerce intra-africain et unifier le marché de plus d’un milliard d’habitants. Cela permet aux PME et aux commerçants informels d’échanger directement en monnaies locales, réduisant ainsi la dépendance aux devises étrangères. Les principaux objectifs et avantages de cette facilitation restent la réduction des coûts, la rapidité des transactions, la souveraineté monétaire et l’inclusion financière.
En effet, avant l’avènement de la ZLECAf, les transactions transitaient par des banques correspondantes hors d’Afrique, engendrant d’importants frais de change. Aujourd’hui, des solutions comme le Système Panafricain de Paiement et de Règlement (PAPSS) permettent de réaliser des économies substantielles. L’utilisation de plateformes intégrées réduit les délais de règlement, permettant des transactions quasi instantanées qui accélèrent la chaîne logistique et commerciale. Cela permet aussi les échanges directement en monnaies africaines locales, stabilise les économies locales et protège les entreprises contre la volatilité des devises internationales.
Par ailleurs, en simplifiant et en sécurisant la circulation de l’argent, cela intègre plus facilement les micro-entreprises et le secteur informel, qui représentent une part majeure du commerce transfrontalier en Afrique. Aujourd’hui, 80% des transactions intra-africaines passent encore par des banques correspondantes en dollars ou en euros. Résultat : des frais de change élevés, des délais de 3 à 5 jours, et un coût moyen de transaction qui peut atteindre 8% du montant envoyé. Par exemple, pour une PME qui expédie une commande de 2.000 dollars, cela représente 160 dollars perdus avant même que la marchandise ne quitte l’entrepôt. A cette échelle, le commerce régional devient non rentable face aux importations d’Asie.
Le PAPSS, une réponse dans le système de paiement panafricain
Développé par Afreximbank, en partenariat avec l’Union Africaine, le Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS) permet de régler des transactions en monnaie locale et plus de 15 banques centrales et une centaine de banques commerciales sont déjà connectées au système. Pour les entreprises, l’adoption des paiements transfrontaliers instantanés change trois choses : la réduction des coûts, l’accélération du cycle de trésorerie, paiement reçu en 24h au lieu d’une semaine et l’ouverture du marché.
Sur un autre aspect, les experts relèvent que le développement du « mobil money » pallie le manque d’agences bancaires physiques, particulièrement dans les zones rurales, en permettant à des millions d’exclus du système bancaire classique d’accéder à des services financiers de base. Il assure la sécurité et la traçabilité, car, contrairement à l’argent liquide, les transactions mobiles réduisent les risques de vol ou de perte. Chaque opération est enregistrée et traçable. La praticité et la rapidité des opérations facilitent le quotidien (paiement de factures, achats) sans nécessiter de déplacement physique, ni de gestion de monnaie fiduciaire. En digitalisant l’économie informelle, le mobile money fluidifie les échanges commerciaux et favorise l’accès à d’autres services comme le crédit ou l’assurance.
Au demeurant, de l’avis de panelistes, un marché unique sans système de paiement intégré reste théorique. Avec le déploiement progressif du PAPSS, il reste à harmoniser les règles de conformité entre pays, à connecter davantage de banques de second rang, et à former les PME à l’utilisation du système. Le Togo, avec son port en eau profonde et son statut de hub logistique vers le Sahel, est un point de passage naturel des flux commerciaux ouest-africains. Les autorités togolaises misent sur cette position pour faire de Lomé une place pilote dans l’adoption des outils ZLECAf, dont le PAPSS.
Alex TEYI
Yankolina M. TINGAENA