Diplomatie

En visite au Caire, le président Faure Gnassingbé déclare : «L’Egypte a beaucoup à apporter à l’Afrique»

Les deux chefs d'Etat, au sortir du tête-à-tête
En visite au Caire, le président Faure Gnassingbé déclare : «L’Egypte a beaucoup à apporter à l’Afrique»

Le chef de l’Etat,  Faure Essozimna Gnassigbé a effectué la semaine dernière, une visite de travail et d’amitié en Egypte, déplacement visant à “impulser une nouvelle dynamique” aux relations de coopération entre les deux pays. Dans une interview accordée à Nile Internationale, la chaîne de télévision publique égyptienne, le président de la République a fait l’état des lieux des relations de coopération entre le Togo et l’Egypte avant de donner son avis sur d’autres sujets d’intérêt national et international.

Voici quelques extraits de l’entrevue.

Question : L’Egypte est un pays que vous connaissez et vous entretenez de bonnes relations avec le président Abdel Fattah Al-Sissi?

Faure Gnassingbé : Merci. D’abord je voudrais dire que je suis heureux  d’être ici en Egypte et de pouvoir m’exprimer sur votre chaine. J’ai l’honneur  et le plaisir d’entretenir de bonnes relations avec le président Abdel Fattah Al-Sissi, comme beaucoup  de chefs d’Etat africains. Ceci, pour la bonne et simple raison qu’il a donné une nouvelle impulsion,  redynamisé les relations entre l’Egypte les pays de l’Afrique sub-saharienne. Nous le voyons de façon assidue dans les  réunions continentales, avec le sérieux,  la rigueur  et l’autorité qu’on lui connait. Et ça nous fait plaisir parce qu’il a apporté une grande contribution à la gestion et à la résolution des problèmes de notre continent.

Question : Quel est le regard, le vôtre et celui de l’Afrique en générale,  sur le retour de l’Egypte sur la scène internationale ?

Faure Gnassingbé : c’est vrai. Je peux atténuer votre jugement  en disant qu’un grand pays comme l’Egypte, avec une forte diplomatie n’a jamais été vraiment absente, mais  seulement la visibilité était moins forte. Avec le président Sissi, on sent une réelle volonté.  Les tous premiers chefs  d’Etat qui l’ont rencontré, notamment lors de son investiture, ont été très marqués  par la vision qu’il avait des relations entre l’Egypte et les autres pays d’Afrique.  C’est ce que nous ressentons et nous en sommes plutôt satisfaits parce que tout ceux qui comme moi,  ont découvert l’Egypte récemment, sommes très impressionnés par la vitalité, par l’expertise, par la qualité des infrastructures et du secteur privé. Et je pense que l’Egypte a beaucoup à  apporter à l’Afrique. Le président Sissi incarne bien cette volonté.  Je pense que  c’est aussi une attente des pays africains de voir l’Egypte entretenir des relations étroites avec le continent.

Question : Quels sont aujourd’hui les rapports entre le Togo et l’Egypte ? On sait qu’il  y a beaucoup  de projets en communs. Donnez-nous les détails

Faure Gnassingbé : Les relations ont été traditionnellement très bonnes  mais, la coopération, il faut bien le dire  a été plutôt modeste. Depuis ces deux dernières années, elle s’est enrichie et diversifiée. Je peux citer l’exemple de l’agriculture. Le Togo est un pays agricole et le poids de l’agriculture dans notre économie représente à peu près 60 %  et les rendements sont assez  faibles,  mais on peut faire mieux. Je sais que l’Egypte maîtrise mieux les techniques agricoles et le président Abdel Fattah Al-Sissi est désireux de partager ces expériences avec les pays frères d’Afrique et le Togo est l’un des bénéficiaires. Vous avez aussi le domaine des transports maritimes. Lomé se veut  être un des hubs de l’Afrique de l’ouest car nous avons la chance d’avoir un grand port et nous avons noué des relations avec les ports égyptiens, un mémorandum d’entente a été signé à cet effet. Ensuite le transport aérien. Nous avons également  une compagnie aérienne  à vocation régionale mais il faut bien dire qu’au niveau des compétences humaines, nous sommes un peu limités. Il y a le ministre des Transports togolais  qui a rencontré les autorités de l’aviation civile d’Egypte. Là aussi, c’est un domaine de coopération qui, très vite va connaitre un essor. Il y a naturellement la question de la lutte contre le terrorisme où le président Sissi nous fait cette grande générosité de former des togolais aux techniques de renseignement et de lutte contre le terrorisme. Je ne voudrais pas passer sous silence le rôle de certaines  organisations, par exemple l’église Copte orthodoxe qui envoie des missions médicales, d’éducation dans notre pays.  Je pense que  ce travail gouvernemental est complété par celui des organisations caritatives et aussi par le secteur privé. Nous avons la chance et le plaisir de voir que les entreprises privées égyptiennes gagnent des marchés non seulement au Togo, mais aussi dans la sous-région. Donc vous voyez que c’est une coopération qui est assez riche et qui a plusieurs dimensions.

Question : une coopération qui est dynamisée par le président Sissi, vous venez de le dire,  et par la nouvelle diplomatie égyptienne.  Et on a l’impression que l’ambassadeur égyptien au Togo Karim Shérif est très actif. Il y a beaucoup de délégation égyptienne qui sont venues à Lomé 

Faure Gnassingbé : Absolument, l’ambassadeur d’Egypte au Togo  a mis beaucoup d’énergie, d’efforts et de talents pour dynamiser également cette coopération. Si j’osais, je dirais que c’est probablement un des meilleurs, sinon le meilleur des ambassadeurs au Togo. Il a beaucoup fait pour redynamiser nos relations.  Cela nous encourage. Ça traduit quelque chose. Moi j’ai été assez agréablement  surpris par la sincérité et la chaleur de  mes entretiens avec le président Sissi et je ne suis pas le seul à le penser. Cette fois, je suis venu pour une visite plutôt de travail et privé mais j’ai la chance de m’exprimer sur une chaine importante d’Egypte. Je crois que c’est l’impulsion, le leadership qui est donné par le président Sissi,  mais il y a un mouvement d’ensemble.

Question : Votre pays le Togo a été pendant très longtemps surnommé la Suisse de l’Afrique.  Aujourd’hui, pouvez-vous nous parler des grands projets qui existent ? On sait qu’il y a le port de Lomé qui est l’un des plus importants de la sous-région, il y a aussi  l’agriculture et le tourisme qui sont des domaines essentiels pour le  développement

Faure Gnassingbé : Le Togo a connu une période assez difficile et nous sommes en train de sortir de cette période. Il y a aujourd’hui un mouvement d’intégration en Afrique et le Togo se positionne par rapport à ce mouvement. Il y a une émulation assez positive entre les différentes capitales parce que chacun veut jouer le rôle de leader. Donc, quand je vois les relations entre l’Egypte et le Togo, je comprends les relations entre l’Egypte et l’Afrique de l’Ouest.  Parce qu’à partir du Togo, je sûr que l’Egypte va pouvoir toucher d’autres pays de la sous-région. Nous avons le Nigeria qui n’est pas loin, nous avons aussi le Ghana  qui est à côté, et à partir du Ghana, l’Egypte peut toucher les autres pays. Je pense qu’un pays avec une telle puissance économique, un secteur privé aussi dynamique ne doit pas seulement  avoir des relations avec un pays de façon bilatéral, c’est important, c’est sûr, mais avec toute une région.  Au Togo, nous avons le port et l’aéroport qui est  à vocation régionale avec une compagnie qui joue un rôle sous-régional  en Afrique. Nous avons également les banques de développement de l’Afrique de l’Ouest qui sont installées au Togo. C’est sur ça que nous voulons bâtir pour être un centre de services en Afrique de l’Ouest.

Question : On a l’impression que les africains ne retrouvent que pendant les compétitions sportives. Pensez-vous que le sport peut rapprocher un tout petit peut le continent africain ?

Faure Gnassingbé : Le sport et singulièrement le football  est très populaire au sein de la jeunesse africaine. Je crois que notre jeunesse se connecte  beaucoup plus rapidement que les adultes. Donc c’est sûr que le sport  peut beaucoup faire pour l’intégration et le rapprochement des peuples africains.  Mais je dois dire que quand on voit ce qui s’est passé la dernière fois à l’Union Africaine,  avec la tenue de la conférence sur la jeunesse,  il y a cette  conscience, ce sentiment naturel  et spontané d’être africain au sein de la jeunesse et je pense que ce mouvement doit être développé. Et à ce titre, je voudrais souligner quelque chose que j’ai remarqué ici. C’est le président Sissi qui m’a parlé de la conférence de la jeunesse  parce que Madame la présidente de la Commission de l’UA avait félicité le président pour cette initiative et encourager les autres pays africains à s’inspirer de cette bonne pratique. Il m’a en parlé et j’ai été très séduit par l’idée parce que les études sur la jeunesse,  les réflexions sur les jeunes, il y en a beaucoup. Mais concrètement, une action  destinée à la jeunesse pour l’écouter,  pour lui rendre compte, pour  lui expliquer, ce n’est pas très fréquent. C’est une expérience qui nous intéresse et je suis sûr que ces conférences vont fleurir un peu partout,  sur le continent.

Question : D’autant plus que quand on parle de continent jeune, je pense que l’Afrique est le  continent jeune par excellence…. ?

Faure Gnassingbé : Par excellence, absolument et cette jeunesse, nous devons tout faire pour qu’elle ait une chance et qu’elle reste l’avenir de l’Afrique

Question : Monsieur le Président pouvez-vous dire quelques mots aux égyptiens ?

Faure Gnassingbé : D’abord, qu’ils ont un beau pays, un pays formidable avec d’énormes potentialités,  mais comme la plupart de nos pays, il y a également des défis. Mais j’ai confiance que l’Egypte et l’Afrique s’en sortiront et que nous tiendrons toutes les promesses.

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