La déclaration finale a marqué la fin des travaux présidée par le Pr Robert Dussey (à droite) .

Rideau sur la Conférence ministérielle de l’APA : Le PC Faure Gnassingbé appelle l’Afrique à parler d’une seule voix

La Conférence ministérielle extraordinaire de l’Alliance Politique Africaine (APA) sur l’analyse des impacts de la crise du Moyen-Orient sur le continent a débouché, vendredi, sur des conclusions importantes, susceptibles de renforcer la résilience et le positionnement stratégique du continent. Ces conclusions sont inhérentes aux réponses stratégiques africaines aux impacts de la crise, à la paix, à la désescalade, à la stabilité régionale au Moyen-Orient, ainsi qu’aux relations Afrique Moyen-Orient et à la coopération internationale. Les travaux, qui portent sur le thème, « L’Afrique face à la crise au Moyen-Orient-Orient : impacts, défis et réponses stratégiques », ont étéouverts par le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, qui a déroulé un paquet d’éléments constituant les grands leviers à même de contribuer à réduire la dépendance de l’Afrique de l’extérieur.

La conférence ministérielle extraordinaire de l’Alliance Politique Africaine (APA), tenue à Lomé, a pour objectif principal de définir des réponses stratégiques face aux répercussions économiques et sécuritaires de la crise au Moyen-Orient sur le continent africain, tout en renforçant l’autonomie et la souveraineté de l’Afrique sur la scène internationale. Les recommandations issues de cette rencontre s’articulent autour d’objectifs clés, entre autres : renforcer la résilience économique, atténuer l’impact direct du conflit sur les économies africaines (hausse des prix du pétrole et du gaz, inflation, augmentation des coûts du fret maritime) en sécurisant les approvisionnements et en accélérant l’intégration économique régionale, consolider la sécurité alimentaire et protéger le continent contre les menaces. Il s’agit aussi de promouvoir l’autonomie stratégique de défense, en encourageant les Etats africains à bâtir une souveraineté en matière de défense et de sécurité, renforcer le dialogue Afrique-Moyen-Orient par l’instauration d’une concertation active entre les diplomaties africaines et celles du Moyen-Orient pour favoriser la désescalade et contribuer à la stabilité mondiale.

Instaurer une paix durable grâce à un dialogue inclusif

Réaffirmant leur attachement aux principes pertinents de la Charte des Nations Unies et de l’Acte constitutif de l’Union africaine, les participants encouragent les Etats africains à renforcer leur résilience économique face aux chocs géopolitiques extérieurs, à travers la diversification économique, l’industrialisation, le développement du commerce intra-africain. Ils invitent les Etats africains à renforcer leur souveraineté énergétique par le développement des infrastructures énergétiques, à aller vers la construction d’une autonomie stratégique africaine en matière de défense et de sécurité. Ils recommandent le   renforcement des mécanismes africains de coopération économique, financière et monétaire, afin de mieux faire face aux crises internationales.

Condamnant les violences dont sont victimes les populations civiles du fait des frappes tous azimuts, les parties à la conférence réaffirment que les solutions militaires à elles seules ne sauraient garantir une paix durable. Elles encouragent donc la poursuite des négociations et consultations en cours ainsi que le développement d’un dialogue plus inclusif associant l’ensemble des parties concernées, en vue de consolider les acquis de la désescalade. In fine, la conférence à décider d’œuvrer à la mise en place d’un Cadre de dialogue stratégique Afrique-Moyen-Orient, en vue de favoriser un dialogue régulier et des consultations sur les questions d’intérêt commun. L’Alliance Politique Africaine appelle le continent à opposer une réponse structurée face aux crises mondiales, articulée autour de quatre piliers : la lucidité, la résilience, la souveraineté et la responsabilité. Elle exhorte l’Afrique à s’organiser pour mieux protéger ses intérêts et s’affirmer comme un acteur clé de la paix internationale.

Discussions stratégiques sur les conséquences de la crise au Moyen-Orient

Les travaux, coprésidés par le Président du Conseil, Faure Essozimnan Gnassingbé et le président de la Sierra-Léonais, Julius Maada Bio, président en exercice de la CEDEAO, se sont déroulés en deux segments : l’un, africain et l’autre, Afrique-Moyen-Orient. Le premier segment, qui a porté sur « Les impacts économiques et sécuritaires de la crise au Moyen-Orient sur l’Afrique : réalités, défis et perspectives », a mis face à face les Etats africains et des institutions africaines. Il a permis d’engager des discussions stratégiques sur les conséquences de la crise au Moyen-Orient pour l’Afrique, afin d’apprécier ses implications pour les intérêts du continent, d’identifier les principaux défis qui en découlent et d’examiner les réponses susceptibles de renforcer la résilience économique, sécuritaire et diplomatique des Etats africains ainsi que le positionnement stratégique du continent.

Quant au segment Afrique–Moyen-Orient, il a porté sur le « Dialogue Afrique–Moyen-Orient sur la crise au Moyen-Orient ». C’est un cadre de dialogue de haut niveau, destiné à favoriser une meilleure compréhension des implications régionales et internationales de la crise, à encourager les échanges de perspectives entre les participants et à promouvoir une réflexion partagée sur les défis qui en découlent. Ce segment a également permis aux participants de partager leurs analyses de la situation, de mieux comprendre les préoccupations et attentes des différentes parties concernées et d’explorer les perspectives susceptibles de favoriser le dialogue, la confiance mutuelle et la stabilité régionale.

Face à la crise, diversifier les sources et développer les interconnexions

Dans son discours de circonstance, le Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, a articulé son message autour quatre points capitaux. Selon lui, la crise au Moyen-Orient, bien que géographiquement distante, affecte profondément le continent africain à plusieurs niveaux : Du point de vue énergétique, cette crise provoque une volatilité des marchés, une hausse du fret et une pression immédiate sur le pouvoir d’achat et les finances publiques des pays importateurs nets. Les chaînes d’approvisionnement se trouvent être perturbées, menaçant l’accès aux intrants agricoles et aux produits alimentaires. Socialement et sécuritairement, on assiste à une hausse des prix, fragilisant les ménages les plus vulnérables, tandis que l’instabilité favorise les risques de radicalisation, de désinformation et de trafics.

Face à l’incertitude internationale, le Président du Conseil estime que la résilience ne doit plus être une réaction ponctuelle, mais un objectif à long terme, axé sur la souveraineté, à savoir la diversification des sources, le développement des interconnexions, la production et la transformation locale, ainsi que l’intensification des échanges agricoles interafricains. Il a mis aussi l’accent sur la modernisation des ports et corridors, ainsi que sur la préservation des marges budgétaires pour amortir les chocs futurs.

L’instabilité actuelle n’étant pas transitoire, l’Afrique doit renforcer ses capacités d’analyse stratégique, de prospective et d’alerte précoce, l’enjeu étant de savoir détecter les signaux faibles et de préparer des réponses communes avant que les crises (énergétiques, maritimes, financières) ne se déclarent.  « Pour les pays importateurs, il s’agit de réduire l’exposition aux chocs de prix. Mais pour les pays producteurs, il s’agira plutôt de mieux transformer les revenus de l’énergie en investissements durables. Pour tous, enfin, il s’agit de diversifier les sources, de développer les interconnexions et améliorer l’efficacité de nos réseaux », a déclaré le PC, insistant sur l’unité et la souveraineté de la voix africaine.

La désescalade, voie royale d’un monde paisible

Pour peser sur l’échiquier mondial, souligne le Président du Conseil, l’Afrique doit faire entendre une voix unie, sans pour autant gommer les spécificités de chaque Etat. Beaucoup plus réaliste, le continent ne doit pas choisir mécaniquement entre des blocs ou des récits extérieurs, mais se positionner selon ses propres intérêts stratégiques. « La question n’est plus simplement de savoir comment réagir à une crise. La question est de savoir comment construire dans la durée une capacité africaine d’anticipation. Face à un monde plus incertain… l’Afrique doit parler d’une voix plus unie. Cela ne veut pas dire que nos pays doivent avoir exactement la même position sur tous les sujets. Nos histoires sont différentes. Nos partenariats sont différents », a indiqué le PC, Faure Gnassingbé.

Plaçant l’espoir de la réussite africaine sur la force de dialogue, le Président du Conseil pense à une Afrique qui doit promouvoir la désescalade, la primauté de la voie politique et le respect du droit international, forte de son expérience sur le coût des conflits. La prochaine conférence se tiendra à Luanda, en Angola.

Zeus POUH-PEKA

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