Le bazar international de Xinjiang est le lieu par excellence de rencontres entre les ethnies de la région.

 Comment la Chine a réussi à vaincre le terrorisme ?

Comme plusieurs pays dans le monde, la Chine a également connu le terrorisme dans sa partie Nord-Ouest, précisément dans la région autonome ouïgoure de Xinjiang. Dans cette région multiethnique qui a une frontière commune avec huit pays (Kazakhstan, Kirghizistan, Mongolie, Tadjikistan, Pakistan, Afghanistan, Inde et Russie), des groupes terroristes ont vu le jour, dans les années 1950, semant la terreur et la désolation au sein des populations. Mais à partir de 2017, la Chine a pris le taureau par les cornes, en institutionnalisant la lutte antiterroriste à travers le vote d’une loi criminalisant le terrorisme et en mettant en place un vaste programme de développement de la région. Aujourd’hui, les 56 ethnies qui peuplent ce territoire vivent en paix et en harmonie dans un environnement prospère et sécurisé, depuis plus de 10 ans.

Une marée humaine au bazar international de Xinjiang

Lors de leur voyage dans la région du Xinjiang, du 20 au 24 juillet, les journalistes africains ont visité dans la capitale Urumqi, l’exposition thématique sur la lutte antiterroriste et la déradicalisation au Xinjiang. Cette visite guidée par Mme Remila Halimulati, a permis d’avoir une vue globale sur la situation du terrorisme dans cette région à confession musulmane et bouddhiste. Mais pour mieux comprendre ce processus, il faut remonter à l’histoire de ce territoire ouïgour qui fait partie des cinq régions autonomes de la Chine. Situé au Nord-ouest du pays, le Xinjiang s’étend sur une superficie de 1,66 million de Km2 avec une population de plus de 22 millions d’habitants. La région abrite 56 groupes ethniques, en majorité des Ouïgours de culture turcophone et de confession musulmane, des Han, des Tibétains, Hui, Tadjiks, Kazakhs, Mongols, Kirghizes, Ouzbeks, Russes et Xibe.

Selon l’histoire, une succession de peuples et d’empires ont rivalisé pour le contrôle de tout ou partie de ce territoire qui a une histoire documentée d’au moins 2500 ans. Partie du territoire de différentes dynasties chinoises à commencer par les Han à partir du 2e siècle avant JC, sous le nom de protectorat des régions de l’Ouest, elle intègre des territoires chinois sur une partie de son histoire, depuis le 4e siècle, pour pacifier l’Ouest (640-790). Mais auparavant, cette partie de la Chine a connu le contrôle par l’empire Kouchan (1er siècle avant JC au 3e siècle), ensuite le contrôle d’une partie du Nord par le royaume ouïgour de Qocho (843-920) et par les Kara-Khitans (1132-1209) et le khanat dzoungar (1634-1756). A la fin de la guerre Dzoungar-Qing, le territoire est placé sous la domination de la dynastie Qing au 18e siècle, remplacée en 1912 par le gouvernement de la République de Chine.

Pendant les années 1930 et 1940, deux républiques indépendantes du Turkestan oriental ont vu successivement le jour à Kashgar en 1933 et à Yli en 1944, lors de tentatives visant à résister à la domination chinoise. Aucune de ces deux républiques n’est parvenue à s’installer durablement, mais sont restées des sources d’inspiration pour l’opposition nationaliste, depuis 1949, particulièrement chez certains Ouïgours. A la fin de la guerre civile de 1949, le Xinjiang fait officiellement partie de la République populaire de Chine. En 1954, le Corps de production et de construction de Xinjiang est créé pour renforcer la défense des frontières contre l’Union soviétique et promouvoir l’économie locale. En 1955, le Xinjiang est administrativement transformé en région autonome.

Au cours des dernières décennies, d’abondantes réserves de pétrole et de minéraux ont été découvertes dans le Xinjiang, faisant d’elle actuellement la plus grande région productrice de gaz naturel de Chine. Mais, des années 1990 aux années 2010, le mouvement pour l’indépendance du Turkestan oriental, le conflit séparatiste et l’influence de l’islam radical entraînent des troubles dans la région, dont plusieurs attaques terroristes, ainsi que quelques affrontements entre forces séparatistes et armée gouvernementale.

Les efforts de développement annihilent les idées de radicalisme religieux et de terrorisme

Ainsi, à l’aide de photos, vidéos et objets saisis, la guide Remila Halimulati, a présenté l’histoire du terrorisme dans la région du Xinjiang et le processus de déradicalisation de la région. En effet, à partir des années 1950, Ayup Hoshukary répand les idées de pan-Turkisme et de pan-islamisme et préconise la Jihad. En 1980, un autre musulman, Ablikim Mahsum, crée une école islamique illégale et met en avant les idées de radicalisme et d’extrémisme. Le 5 avril 1990, des terroristes font des otages, font exploser deux voitures, tuant 6 personnes.

Le 24 août 1993, ils tuent un imam d’une mosquée pour avoir refusé de coopérer avec eux. Ils vont multiplier les attaques contre des civils innocents, des chefs religieux, des cadres de l’administration au cours des années 1993, 1996, 1997, 1998, jusqu’en 2002 où ils tuent le Consul de Chine à l’ambassade de Kirghizistan. Ainsi de suite jusqu’en 2013, où sur la Place Tiananmen, au cœur de Pékin, une voiture bélier fonce sur la foule faisant cinq morts et 38 blessés, puis jusqu’en 2016. Considérant le terrorisme comme l’un des « Trois maux », tout comme le séparatisme et l’extrémisme religieux, les percevant comme des menaces interdépendantes pour la sécurité nationale et la stabilité sociale, le gouvernement chinois décide, en 2017, de passer à l’étape supérieure de sa lutte, en votant une loi criminalisant le terrorisme.

 Parallèlement, un vaste programme de développement et de déradicalisation de la région est mis en place, à travers des campagnes de sensibilisation de la population et d’éducation à la culture, des échanges culturels, l’apprentissage à l’école de l’histoire de la Chine, des films et documentaires sensibilisant au vivre ensemble. Les mariages interethniques sont encouragés pour permettre aux uns et aux autres de se connaître davantage. Puisque, le terrorisme s’enracine dans la pauvreté, il faut développer la région, créer de l’emploi et des opportunités, C’est ainsi que, depuis 2016, l’investissement s’est intensifié dans l’économie locale, les infrastructures, l’agriculture, la culture. Le Comité central du Parti communiste chinois demande aux régions plus nanties et en avance d’investir massivement dans la région. Des communautés qui vivaient dans des endroits précaires ont été déplacées dans des lieux plus favorables avec des subventions nécessaires pour leur permettre de vivre décemment.

Grâce à des présentations authentiques et multidimensionnelles et aux visites sur le terrain, le groupe des journalistes a pu se rendre compte de l’état actuel de stabilité sociale, d’unité ethnique et d’harmonie religieuse au Xinjiang. Le bain de foule reçu au grand bazar international où on pouvait percevoir les interactions paisibles entre les différentes ethnies, ou l’accueil chaleureux lors de la visite de la mosquée orientale Tongxiang-Est à Urumqi construite, depuis 2016 au sein de la ferme Wuyi, par le Corps de production et de construction du Xinjiang, constituent des éléments tangibles de cette symbiose entre les communautés.

 L’imam de la mosquée, Chen Yun, très satisfait, a témoigné que le gouvernement central lui versait une allocation, chaque mois, et qu’il avait pris en charge les études universitaires de ses deux enfants qui sont, aujourd’hui, des cadres d’entreprises. L’urbanisation rapide de la région, avec toutes les infrastructures modernes tels que chemins de fer, autoroutes, aéroports, entreprises prestigieuses cotées en bourse, logements sociaux, établissements scolaires à hautes technologies, le PIB de la région qui croît, chaque année, atteignant 2146,214 milliards de Yuans, en 2025, et le revenu par habitant qui est de 45106 Yuans dans les centres urbains et 20793 Yuans dans les milieux ruraux, sont la preuve que les efforts de développement annihilent les idées de radicalisation pouvant déboucher sur des actes terroristes. Un modèle inspirant pour certains pays africains en proie, aujourd’hui, au terrorisme qui sabote leurs efforts de développement.

Blandine TAGBA-ABAKI

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