Lutte contre la pollution plastique : Un atelier parlementaire pour « Ecouter, comprendre et légiférer »

Le plastique, invention jadis saluée comme un progrès remarquable, est devenu un fardeau pour les générations présentes et futures. C’est autour de cette problématique que s’est tenu, les 2 et 3 octobre 2026, au siège de l’Assemblée nationale à Lomé, un séminaire parlementaire consacré au corpus législatif sur la pollution plastique. Organisée selon la méthode « Ecouter, comprendre et légiférer », la rencontre a réuni députés et sénateurs, élus locaux, organisations de la société civile, chercheurs et administrations publiques, avec l’accompagnement de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie (APF). C’est le président de l’Assemblée nationale, Komi Selom Klassou, qui a dirigé l’ouverture des travaux, en présence du représentant de la Représentante régionale de l’OIF pour l’Afrique de l’Ouest, M. Bakary Junior Bamba.

Le PA Komi Selom Klassou (au milieu) à l’ouverture des travaux

Premier séminaire organisé par le Togo dans le cadre de l’adoption de ce corpus, cette rencontre parlementaire a permis de discuter des enjeux du traité international sur la pollution plastique, des dynamiques régionales et du cadre national, avec un focus sur les leviers législatifs. Les participants ont réfléchi à la réduction des emballages à usage unique, au rôle de la responsabilité élargie des producteurs pour financer la gestion des déchets, ainsi qu’aux instruments fiscaux et financiers susceptibles d’accompagner la transition vers une économie circulaire. L’ambition est d’englober les dimensions économiques, sociales, environnementales et sanitaires de la pollution. A terme, il s’agit de parvenir à une coopération entre tous les acteurs pour faire émerger, dans les prochains mois, une proposition de loi adaptée au contexte togolais.

Ouvrant les travaux, le président de l’Assemblée nationale, Komi Selom Klassou, a rappelé que les modes de vie connaissent des mutations profondes aux conséquences parfois irréversibles. « Nous ne tenons le plastique que quelques minutes, mais la terre et les océans en portent durablement l’empreinte », a-t-il relevé. Au nom du Parlement, il a exprimé sa gratitude à l’APF et à l’OIF pour leur accompagnement.

Pour le président de l’Assemblée nationale, le plastique est devenu l’envahisseur silencieux de notre temps. Il gagne les rues, obstrue les caniveaux, envahit les cours d’eau et les océans. Entré dans les villes comme un déchet, il revient dans nos vies comme un triple risque écologique, sanitaire et économique. Pourtant, a-t-il insisté, il n’est pas une fatalité. Ce que certains choix de production et de consommation ont créé, d’autres choix peuvent le corriger.

Les participants

Deux ambitions majeures

Ce séminaire porte ainsi deux ambitions majeures. La première est de reconquérir la souveraineté sur le cycle du plastique. Une Nation qui maîtrise la problématique des déchets et maîtrise pleinement son territoire. Lorsque les sachets plastiques obstruent les ouvrages d’assainissement, la salubrité recule, la sécurité sanitaire vacille, l’agriculture pâtit et les ressources halieutiques souffrent.

La seconde ambition est de placer davantage le Parlement au cœur de la transformation écologique. Sanctuaire de la loi, le Parlement doit actualiser les textes suivant les exigences du temps et les préoccupations écologiques des populations. Le président de l’Assemblée nationale a invité les participants à faire de l’économie circulaire une source de création d’emplois verts pour la jeunesse et à soutenir davantage les entreprises de collecte et de valorisation des déchets. « Notre méthode sera : écouter, confronter, rédiger. Ecouter les expériences, confronter les solutions aux réalités nationales et rédiger les fondements d’une législation cohérente et applicable », a-t-il conclu.

Appel à des actions urgentes pour faire face à une situation alarmante

Intervenant au nom de l’OIF, M. Bakary Junior Bamba a rappelé que ce séminaire s’inscrit dans le partenariat stratégique qui unit l’OIF et l’APF, formalisé par un mémorandum signé, en 2014. Ce partenariat repose sur une conviction simple : la Francophonie n’est pas seulement un espace de valeurs partagées, elle est aussi un espace où les expériences et les solutions doivent circuler. Le corpus législatif sur la pollution plastique, adopté lors de la session plénière de l’APF à Yaoundé, en juillet dernier, est le fruit d’un travail conjoint avec l’appui technique de l’Institut de la Francophonie pour le développement durable et le soutien financier de l’OIF.

Selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, l’humanité a consommé plus de 500 millions de tonnes de plastique pour la seule année 2024. Sans action urgente, la quantité mondiale de déchets plastiques pourrait presque tripler, d’ici 2060, pour atteindre environ 1,2 milliard de tonnes par an. Pour M. Bamba, la lutte contre la pollution plastique ne relève pas seulement de la gestion des déchets. « Elle interroge nos modes de production et de consommation, la responsabilité des producteurs et la capacité de la loi à organiser la transformation de nos sociétés. »

Le corpus propose des pistes très concrètes

Dans un message adressé aux participants, la secrétaire générale parlementaire de l’APF, Mme Amélia Lakrafi, s’est réjouie de voir ce premier séminaire prendre vie au Togo. Elle a rappelé que le corpus propose des pistes très concrètes, notamment en matière d’interdiction ciblée de plastiques à usage unique, de responsabilité élargie des producteurs, de fiscalité dédiée et de commande publique durable. Elle a salué l’exemple du Togo, premier pays à avoir adopté, en 2025, une loi sur le climat, en s’appuyant sur un corpus de l’APF, démontrant qu’un outil de coopération parlementaire peut transformer les échanges en avancées législatives. Elle s’est également félicitée de la présence de l’Association Internationale des Maires Francophones, soulignant que la gestion des déchets plastiques est par nature un enjeu éminemment local.

Le séminaire, qui s’inscrit dans la continuité de celui de février 2025 sur les changements climatiques, vise ainsi à passer du constat à la norme et de la norme à l’action, pour que les villes respirent, que les terres produisent et que les eaux demeurent vivantes.

Komla GOKATSE

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