En 2025, lord du Conseil d’administration de l’Assurance pour le Développement du Commerce et de l’Investissement en Afrique (ATIDI), les administrateurs avaient approuvé une nouvelle politique en matière de changement climatique. Cette politique définit la stratégie globale d’ATIDI pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), gère les risques liés au climat, et renforce son soutien aux investissements respectueux de l’environnement, tout en soutenant une transition énergétique juste sur le continent africain.
ATIDI a établie aussi dans cette nouvelle politique les normes et critères qui devraient lui permettre de gérer les risques liés au changement climatique à travers l’ensemble des projets qu’elle soutien.
Dans une interview accordée au quotidien national Togo-Presse, M. Clément Yapo, Responsable Senior ESG d’ATIDI, revient en détails sur les nouveaux engagements d’ATIDI en matière de lutte contre le changement climatique, les implications sur les opérations, l’évaluation des risques climatiques et le renforcement de la collaboration avec les partenaires pour un développement résilient en Afrique.
Togo-Presse : Qu’est-ce qui explique la mise en place d’une nouvelle politique sur le changement climatique ?
Clément Yapo : Le changement climatique est un des problèmes majeurs de notre ère et l’Afrique subit de plein fouet ses conséquences, entre autres, les inondations dévastatrices, les sécheresses prolongées et les pluies irrégulières, qui mettent en péril des millions de vies sur le continent, particulièrement dans les communautés aux capacités d’adaptation limitées.
Bien que l’Afrique soit l’un des continents qui contribue le moins aux émissions mondiales annuelles de gaz à effet de serre (GES), elle est très vulnérable aux impacts du changement climatique qui affectent d’ores et déjà la croissance économique et le développement du continent.
Conscient de ces défis et conformément à son mandat d’institution financière internationale multilatérale créée pour soutenir le développement en Afrique, ATIDI s’est engagé à jouer sa part dans la prise en compte des enjeux du changement climatique à travers ses opérations de couverture des risques liés au commerce et à l’investissement sur le continent.
La nouvelle politique sur le changement climatique de ATIDI, approuvée par le Conseil d’Administration et publiée en novembre 2025, formalise cet engagement.
A travers sa nouvelle politique sur le changement climatique, ATIDI vise à contribuer à la facilitation et à la réalisation d’un développement résilient face au climat et à faible émission de carbone, gage de durabilité et de prospérité en Afrique, conformément à l’Accord de Paris.
T. P : Comment se fait la communication sur la nouvelle politique sur le changement climatique ?
C.Y : Notre département de la communication a élaboré un plan de communication pour la nouvelle politique d’ATIDI sur le changement climatique, articulé autour de trois phases principales.
La première phase a consisté à publier notre nouvelle politique sur le site web d’ATIDI et sur nos réseaux sociaux habituels.
Pour la deuxième phase, nous avons ciblé plusieurs médias à grande audience, dont Togo-Presse, afin de diffuser notre message et de toucher un public plus large.
Au cours de la troisième phase, nous prévoyons de participer à des communications thématiques et des rencontres sur le changement climatique afin de partager notre vision et les actions que nous entreprenons.
L’objectif est de tenir informées toutes nos parties prenantes de cet engagement majeur d’ATIDI en faveur de la lutte contre le changement climatique, de ces implications pour ses opérations et du renforcement de la collaboration indispensable avec nos partenaires pour des actions concertées en faveur d’un développement résilient en Afrique.

M. Clément Yapo, Responsable Senior ESG d’ATIDI
T. P : Conformément à la nouvelle politique sur le changement climatique, existe-il des secteurs d’activités que ATIDI exclut en raison de leur impact environnemental négatif ?
C.Y : ATIDI entend renforcer son soutien aux projets respectueux du climat, notamment ceux liés à la résilience climatique dans les secteurs exposés aux risques physiques, et intensifiera son appui aux investissements visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Concernant le secteur de l’énergie, ATIDI reconnaît l’urgence de répondre aux besoins énergétiques du continent afin de libérer son potentiel de développement. ATIDI reconnaît également qu’une réduction progressive, équitable et ordonnée de l’utilisation des combustibles fossiles constitue une étape importante vers une transition énergétique juste en Afrique et contribuera à satisfaire la demande énergétique croissante.
Pour contribuer à satisfaire la demande énergétique croissante tout en relevant le défi du changement climatique, ATIDI s’engage à accroître son soutien aux sources d’énergie renouvelables viables, notamment l’hydroélectricité, la bioénergie, les énergies éolienne, solaire et géothermique.
ATIDI ne soutiendra aucun nouveau projet de centrale à charbon, ni les activités connexes telles que la prospection, l’exploration, l’extraction, le traitement et le commerce du charbon.
ATIDI entend encourager ses clients opérant dans les secteurs à forte intensité de carbone à surveiller leurs émissions de GES et à mettre en œuvre des objectifs clairs de réduction de ces émissions.
T. P : Concrètement, quels sont les mécanismes mis en place par ATIDI pour gérer les risques liés au climat, renforcer son soutien aux investissements respectueux de l’environnement et augmenter le volume des financements pour les projets d’énergie propre dans ses Etats membres et à travers l’Afrique ?
C.Y : Le processus de gestion des risques climatiques d’ATIDI repose sur son cadre d’évaluation des risques climatiques, intégré à l’évaluation plus large des risques environnementaux et sociaux en tant que composante environnementale. Ce processus implique une évaluation continue des impacts des risques climatiques identifiés sur les projets d’investissement.
L’objectif d’ATIDI est d’accroître le volume des investissements qui témoignent d’une parfaite prise en compte des risques et aléas climatiques, dont la conception intègre la vulnérabilité et des mesures de renforcement de la résilience, et pour lesquels les risques de transition sont pleinement considérés.
T. P : Quelle sera l’attitude d’ATIDI lorsqu’elle constate qu’un projet n’est pas aligné sur les objectifs climatiques mondiaux et sur l’agenda africain de développement durable ?
C.Y : L’évaluation des risques climatiques à réaliser par ATIDI pour chaque transaction proposée permettra de classer les transactions en trois catégories : transactions à forte résilience climatique, transactions à résilience climatique modérée et transactions à faible résilience climatique. Les transactions à forte résilience climatique sont idéales car elles respectent pleinement les objectifs climatiques. Les transactions à résilience climatique modérée sont celles qui pourraient nécessiter des mesures pour satisfaire aux exigences de résilience climatique avant d’être prises en considération.
Les transactions à faible résilience climatique sont considérées comme présentant un risque élevé en raison de risques climatiques physiques ou liés à la transition, et il est manifestement improbable, voire économiquement non viable, de les modifier pour les rendre conformes. Ces transactions ne devraient pas être prises en considération, sauf si les procédures d’exception définies dans la politique sur le changement climatique sont respectées.
T. P : Dans le cadre de la Facilité régionale de soutien à la liquidité (RLSF) quelles méthodes ATIDI utilise-t-elle pour encourager activement les investissements dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique en Afrique ?
C.Y : La Facilité régional de soutien à la liquidité (RLSF) est un instrument de garantie proposé par ATIDI aux producteurs indépendants d’énergie renouvelable qui vendent l’électricité produite par leurs projets aux compagnies d’électricité publiques. RLSF a été créé pour contribuer à la lutte contre le changement climatique en soutenant les projets d’énergie renouvelable dans les pays membres d’ATIDI.
Cet instrument vise à encourager et à soutenir les petits et moyens projets d’énergie renouvelable d’une capacité installée allant jusqu’à 100 MW en protégeant les producteurs indépendants contre le risque de retard de paiement de la part des compagnies d’électricité publiques. Il améliore ainsi la bancabilité des projets, attire les investissements et permet à un plus grand nombre de projets d’atteindre la clôture financière.
Interview réalisée par Moussouloumi BOUKARI
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