Tensions autour de l’Iran et du Detroit d’Ormuz : Pr Koffi Sodokin décortique les effets pour les marchés africains
A l’ouverture des 21e Journées scientifiques internationales de Lomé (JSIL), le Pr Koffi Sodokin a décortiqué la transmission des crises internationales aux économies africaines. Selon lui, si les effets sont souvent temporaires, ils révèlent surtout des fragilités structurelles qu’il faut corriger.

le Pr Koffi Sodokin
Les effets des crises internationales sur les économies africaines ont été au cœur de la conférence inaugurale des 21e Journées scientifiques internationales de Lomé (JSIL), qui se tiennent, du 6 au 9 octobre 2026. A travers une analyse consacrée, notamment aux tensions autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz, le Pr Koffi Sodokin, maître de conférences à l’Université de Lomé, a mis en évidence les mécanismes de transmission de ces chocs, tout en soulignant le poids des fragilités structurelles propres au continent.
Guerres, pandémies, crises économiques et tensions internationales ont été analysées à travers leurs répercussions sur l’activité, les prix et les conditions de vie. L’étude a porté sur leurs incidences sur les prix du pétrole, les coûts de transport, la croissance et le niveau général des prix. A court terme, les chocs extérieurs peuvent accentuer les difficultés des économies africaines. Une hausse du prix du pétrole peut entraîner une augmentation des coûts de transport, renchérir les biens et services et peser sur le pouvoir d’achat des ménages.
La transmission n’est toutefois pas uniforme. Elle dépend de la structure économique, de la situation géographique, du degré de dépendance aux importations et de l’exposition aux marchés internationaux. Face à une flambée des cours, les gouvernements sont confrontés à un arbitrage difficile : répercuter la hausse sur les consommateurs ou la contenir par des mécanismes de soutien. Dans le second cas, la protection des ménages se traduit par une pression accrue sur les finances publiques.

Des fragilités qui dépassent les crises
A partir de données économiques et de simulations, le Pr Sodokin a distingué les effets conjoncturels des vulnérabilités structurelles. Les résultats indiquent que les chocs géopolitiques provoquent une dégradation temporaire de plusieurs indicateurs, avant un retour progressif à leur niveau antérieur. Cette capacité de récupération ne met pas les économies africaines à l’abri. Les crises extérieures révèlent ou amplifient des fragilités préexistantes : dépendance énergétique, insuffisance des infrastructures, faible diversification et forte exposition aux marchés mondiaux. Les simulations permettent d’identifier les secteurs les plus sensibles et les principaux canaux de transmission. Elles montrent que l’ampleur et la durée des effets varient selon les caractéristiques propres à chaque économie.
Miser sur des réponses endogènes
Pour le conférencier, l’enjeu est de ne pas attribuer durablement les difficultés aux seules crises extérieures. Si les tensions géopolitiques perturbent l’activité et accentuent les pressions inflationnistes, leur impact reste essentiellement transitoire. Les vulnérabilités durables relèvent davantage de facteurs structurels et endogènes. Le renforcement de la résilience passe donc par des réponses internes : diversification des économies, amélioration des infrastructures, renforcement des capacités productives et meilleure anticipation des risques extérieurs.
La réflexion invite ainsi à considérer les crises internationales, non seulement comme des menaces, mais comme un révélateur des faiblesses à corriger. L’objectif doit être de privilégier des solutions structurelles et durables pour mieux absorber les prochains chocs.
Patouani BATCHAMLA