Diplomatie

Rentrée diplomatique 2023-2024 : Les transitions démocratiques au centre des débats

Membres du gouvernement, ambassadeurs et autres personnalités en photo de famille.
Rentrée diplomatique 2023-2024 : Les transitions démocratiques au centre des débats

La rentrée diplomatique 2023-2024 s’est tenue à Lomé. Elle intervient après une année 2022 marquée par de grandes avancées, un engagement accru en faveur de la paix, de la sécurité, du multilatéralisme et de l’implication de la diaspora pour renforcer l’action de l’Etat. Cette rentrée a été marquée par une conférence inaugurale animée par l’ancien Premier ministre Joseph Kokou Koffigoh, sur le thème « Les transitions démocratiques en Afrique entre rêves et réalités ». Cet évènement organisé, chaque année, par le ministère des Affaires étrangères est une occasion pour rappeler les grandes lignes de l’action publique extérieure du Togo. La rencontre présidée par le ministre en charge des Affaires étrangères, Pr Robert Dussey, a connu la présence des membres du gouvernement, des membres du corps diplomatique et des responsables d’institutions de la République.

Le ministre Robert Dussey situe le contexte de la rencontre.

Comme à l’accoutumée, le ministère des Affaires étrangères, de l’Intégration régionale et des Togolais de l’Extérieur a convié les chefs de mission diplomatique et consulaire, des responsables des institutions de la République et plusieurs autres personnalités à la rentrée diplomatique, lundi dernier. Elle est une occasion annuelle pour le gouvernement de rappeler les grandes lignes de l’action publique extérieure du Togo qui joue sa partition et apporte, à la mesure de ses capacités, sa contribution au service des efforts visant à améliorer l’état du monde ou le bâtir en mieux. Ceci, pour la prospérité de chacun des Etats et de l’ensemble de la société internationale confrontée à des mutations inédites et à des défis aussi inquiétants que pressants.

Pour cette rentrée qui baigne dans un environnement africain ourlé de coups d’Etat, un thème d’actualité a été retenu portant sur « Les transitions démocratiques en Afrique entre rêves et réalités ». A cette occasion, le Pr Robert Dussey s’est appesanti d’abord sur les grands événements à l’agenda de l’année 2023-2024 qui sont, entre autres, l’organisation de la première édition de « Lomé Peace and Security Forum » et du 9e congrès panafricain qui aura lieu au cours du second semestre de l’année 2024. S’inscrivant dans la thématique à l’ordre du jour, le Pr Dussey a fait savoir que « le Togo ne peut pas abandonner les pays frères qui sont en crise, en guerre et en transition politique qui constituent des moments d’incertitudes majeures ». Il trouve que ce thème interpelle sur le destin et le devenir des transitions politiques en Afrique.

Le conférencier, Joseph koffigoh (à gauche) et le modérateur kangni Alemdjrodo.

Eviter tout conflit et assurer les grands équilibres macroéconomiques et sociaux

L’ancien Premier ministre, Kokou Koffigoh qui a eu la charge d’animer la conférence inaugurale, en tant qu’acteur de la transition au Togo, a axé ses développements sur les profondes aspirations/rêves des populations dans les années 90, mais qui durent déchanter, en raison des promesses non tenues. Faisant l’état des lieux des années 90, le conférencier a relevé la grande soif des populations à acquérir leur liberté à l’ère des indépendances, euphorie très vite battue en brèche avec la survenue des régimes de partis uniques avec leur lot de contestations et de frustrations débouchant ainsi sur les transitions démocratiques. « Les pays africains ont choisi d’aller vers la démocratie en passant ou non par les assises nationales. Ceux qui n’ont pas opté pour ces assises, ont choisi le multipartisme pour appliquer les dispositions constitutionnelles et ces transitions visaient à établir un ordre constitutionnel pluraliste avec pour objectif de restaurer une gouvernance acceptable par tous ». Pour lui, la transition doit être appréhendée et appréciée comme une régence, éphémère et courte, au risque d’être perçue comme une confiscation du pouvoir. « Sa durée doit être fonction de la situation de chaque Etat, avec un minimum d’un an et un maximum de trois ans. La transition doit viser à restaurer l’ordre constitutionnel par des élections libres et transparentes. Elle doit éviter tout ce qui est générateur de conflit et assurer les grands équilibres macroéconomiques et sociaux pour ne pas enfoncer la population dans l’extrême pauvreté », a déclaré Me Joseph Koffigoh. Puis, il a poursuivi avec la précision que la transition a aussi l’obligation de garantir les droits de l’Homme, la protection de ceux qui ont perdu le pouvoir, s’il n’existe pas à leur charge de graves violations des droits de l’Homme.

Succès et échecs des transitions

Dressant le bilan des transitions en Afrique, il a indiqué qu’il y a eu, certes des succès, mais des échecs aussi. Selon lui, tous les acteurs étaient convaincus à l’idée de démocratie, même ceux qui l’ont combattue. L’idée que le pouvoir appartient au peuple qui l’exerce par l’intermédiaire de ses représentants est définitivement ancrée dans les mœurs. Ceux qui se plaignent contestent plutôt les dysfonctionnements, sans toutefois remettre en cause l’idée centrale. Les libertés fondamentales sont partout proclamées et plus ou moins respectées en fonction du contexte politique. Mieux, il y a eu des instruments de contrôle dans tous les pays (Cours des comptes, cours constitutionnelles…). Cependant, les transitions n’ont pas réussi à ramener le calme, la paix, à cause de la mauvaise compréhension des processus démocratiques (violences tous azimuts, déplacements des populations, clivages ethniques). D’autre part, ces processus démocratiques n’ont également pas réussi à sortir l’Afrique de sa forte dépendance du monde extérieur, ce qui la maintient encore dans la pauvreté, malgré ses immenses richesses.

Pour lui, les coups d’Etat ne constituent pas une solution aux problèmes du continent, mais en appellent à la bonne gouvernance des dirigeants qui doivent prendre en compte les aspirations de leurs peuples respectifs. Il recommande, pour réussir les transitions, de créer, ajuster ou toiletter, à travers des commissions techniques, les cadres juridique et politique des élections, enlever et jeter tout ce qui est source de conflit et éviter la chasse aux sorcières, « car dès que commence la chasse aux sorcières, les victimes cherchent des appuis pour se défendre et empêcher toute avancée », a-t-il conclu.

Des débats ont donné l’opportunité aux participants de mieux cerner tous les compartiments de la thématique.

Zeus POUH-PEKA

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