Les luttes traditionnelles Evala 2026 s’ouvrent samedi en pays kabyè, dans la Kozah
Mises en veilleuse depuis l’édition précédente, les festivités des luttes traditionnelles en pays kabyè, Evala 2026, s’ouvrent, samedi 11 juillet 2026, à leur habituel point inaugural : Pya Law. Comme d’habitude, cette manifestation culturelle, la toute première initiation à la vie d’homme pour l’adolescent kabyè, sera marquée par de chaudes empoignades dans les arènes des différents cantons de la préfecture de la Kozah, au nord du Togo. Elle le sera aussi par ses multiples foyers d’ambiance, enthousiaste et suffisamment populaire pour ne laisser personne indifférent. Touristes, curieux et passionnés de culture seront au rendez-vous pour célébrer, avec les fils et filles de la Kozah, cette éloquente fête culturelle par laquelle le peuple kabyè affirme fièrement son identité depuis des siècles. Jusque-là, un clin d’œil sur cette alléchante fête qui offre aux visiteurs l’occasion de découvrir, à loisir, le pays kabyè, à travers ses monts, ses sites touristiques remarquables… et surtout l’hospitalité de ses habitants !

Avant leur face à face, l’arbitre, un chef traditionnel, donne des consignes du fairplay aux jeunes lutteurs.
Le peuple kabyè renoue avec sa tradition : les luttes traditionnelles Evala débutent officiellement demain, 11 juillet, à Pya Law. Pendant huit jours, ces luttes, qui marquent le passage à l’âge adulte pour les jeunes de 18 à 20 ans, vont mobiliser les foules pour des moments chaleureux de retrouvailles et de partage dans les différents cantons de la Kozah. Rendez-vous culturel profondément enraciné dans les traditions, Evala est la plus grande fête populaire du pays kabyè. Ce moment tant attendu se caractérise surtout par les combats dans les arènes, où les jeunes initiés de camps opposés s’affrontent, deux à deux, à travers diverses techniques de lutte. Le spectacle est au rendez-vous : prises extraordinaires, renversements de situation inattendus, duels à suspense, actes de fair-play… autant d’ingrédients pour combler l’assistance aux festivités.
Ce rituel marque une étape cruciale dans la vie des jeunes hommes, symbolisant leur transition vers la maturité, vers l’âge de se marier et de défendre leur famille et leur communauté. À cette fin, les Evala constituent un moment de préparation à la combativité, où le jeune adolescent forge sa personnalité et se forme à l’endurance, au courage, à la discipline, ainsi qu’au sens du stoïcisme et de la résistance face aux épreuves de la vie. Ainsi, au-delà de l’aspect culturel et physique de l’événement, l’initié, appelé Evalou, doit consentir à certains sacrifices, tels que le retrait au sanctuaire des Evala (Ahoyé), l’abstinence sexuelle et diverses corvées. Il suit un entraînement rigoureux, isolé de sa famille, qui lui permet d’être moralement fort pour ne pas se laisser intimider par son adversaire dans l’arène.
Evala, c’est aussi l’ambiance et le tourisme
Les luttes traditionnelles Evala sont intrinsèquement associées à l’ambiance particulière qui les caractérise en pays kabyè. D’aucuns se rendent d’ailleurs sur les sites de lutte rien que pour cette ambiance.

Une fête populaire et enthousiaste.
De Lama à Landa, en passant par Lassa, Kouméa, Soumdina, Tcharè, Pya, Tchitchao, Yadè, Bohou, sans oublier Sarakawa, Djamdè et Agbandè-Yaka (dans la préfecture de Doufelgou), les abords des arènes sont animés par les ambianceurs. Dans un folklore exaltant, ces derniers offrent un spectacle riche en émotions, au rythme des flûtes, des castagnettes, des chants et des danses, qui encouragent et galvanisent les lutteurs.
Cette ambiance fait des Evala, un véritable phénomène culturel et touristique : chaque année, les festivités attirent des milliers de visiteurs venus de toutes les régions du Togo et de l’étranger. Hommes politiques, touristes, chercheurs ou simples curieux font le voyage jusqu’à Kara, pour assister aux affrontements et découvrir cette richesse singulière du patrimoine immatériel togolais. A cet égard, en prévision de l’afflux de touristes et de visiteurs à accueillir, auberges, hôtels et autres établissements d’hébergement de la région font peau neuve.
Au-delà de l’ambiance festive des Evala, l’hospitalité légendaire des populations de la région constitue un argument supplémentaire pour les visiteurs. Ceux-ci pourront en profiter pour effectuer des randonnées dans toute la région de la Kara, qui offre un riche patrimoine naturel et culturel, avec des sites incontournables tels que le musée régional de Kara, le Koutammakou, le parc de Sarakawa, les monts Kabyè et Défalé, les villages de forgerons et de potières de Tcharè, les plaines de Niamtougou ou encore la faille d’Aledjo.
En somme, les luttes Evala, derrière leur caractère folklorique, portent la marque d’une identité fortement affirmée chez les Kabyè. Elles constituent un pont de transmission des valeurs, tout en traduisant la volonté de ce peuple de rester fidèle à ses racines, sans pour autant se replier sur lui-même.
Bernardin ADJOSSE