Les luttes traditionnelles, des vecteurs de cohésion sociale

Les ancêtres Kabyè et leurs descendants ont, de tout temps, utilisé plusieurs canaux pour renforcer les liens de cohésion sociale et du vivre ensemble. Parmi ces moyens, les luttes traditionnelles occupent une place de choix. En quoi, ce rituel ancestral contribue-t-il à résoudre, pacifiquement, les conflits et à cimenter l’union entre les communautés ?

Les luttes traditionnelles sont des vecteurs de cohésion sociale et d’intégration. En rassemblant les villages et les communautés autour des valeurs communes, ces pratiques favorisent le brassage culturel, le règlement pacifique des conflits et renforcent le sentiment d’appartenance à un héritage partagé.

Evala, un moyen de brassage culturel

En matière de brassage culturel, ces rencontres permettent aux jeunes de différentes localités de se rencontrer, d’échanger et de créer des liens de fraternité.

Deux lutteurs main dans la main après leur affrontement

« Plus qu’une cérémonie, en réalité, les luttent offrent des occasions de retrouvailles, de convivialité et de cohésion sociale », confie l’encadreur des Evala, Adjanla Essodina. Selon lui, aujourd’hui, l’on peut affirmer sans se tromper que « ç’est à travers les luttes qu’on arrive à connaître les membres de sa famille, de son clan, de son village et du canton tout entier ». Il a ajouté, qu’une fois la lutte terminée les adversaires des deux camps se coalisent pour affronter une autre coalition, ce qui renforce l’esprit de cohésion.

M. Adjanla a relevé, qu’au-delà du terrain de lutte, il est fréquent de voir deux lutteurs qui viennent de s’affronter avec beaucoup d’engagement dans l’arène, se retrouver pour partager un pot de Tchoukoutou (boisson locale à base de mil), une bière ou un repas. L’encadreur fait remarquer que le même comportement s’observe au niveau des supporters des deux camps et même entre les membres d’un même groupe. « Parfois vous verrez deux personnes qui ne s’aiment pas, s’embrasser, sans s’en rendre compte, lorsque l’un des leurs terrasse en premier », explique-t-il.

Les luttes traditionnelles, une aubaine pour régler les conflits

En matière de règlement des conflits et de pardon, les périodes de luttes sont souvent l’occasion de consolider les rapports mutuels, de présenter des excuses et d’apaiser les tensions entre familles ou villages.

« Historiquement, les luttes permettaient aux villages voisins ou aux différents clans de régler leurs conflits territoriaux ou politiques de manière ritualisée, évitant ainsi des effusions de sang », fait savoir l’encadreur Tagba Essohouna. Il ajoute que l’arène est souvent le lieu de cérémonies coutumières où les sages et les chefs interviennent pour apaiser les rancœurs et sceller des pactes de non-agression.

Transmission des valeurs en période de luttes

Concernant la transmission des valeurs, les luttes sont des espaces d’éducation sociale où se transmettent le respect des règles, la hiérarchie, le culte de la bravoure et la solidarité de groupe.

« Les luttent fédèrent les villages, les clans et les générations. La communauté se rassemble pour chanter, danser et soutenir ses représentants. Cet élan collectif ancre chez les plus jeunes le sentiment d’appartenance à un groupe et les valeurs d’entraide », confie M. Adjanla. Il rappelle que ces rites, qui marquent le passage vers l’âge adulte, enseignent aux jeunes Kabyè la bravoure, la résilience face à la douleur et le sens de responsabilité pour protéger leur communauté.

Au regard de l’importance des luttes traditionnelles dans la consolidation de la cohésion sociale et du vivre ensemble, il urge que les autorités du pays et tous les acteurs culturels ou non, s’investissent pour pérenniser cette richesse ancestrale.

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