Les bâtisseurs de la Chine moderne. L’actuel président Xi Jinping a fait de la lutte contre la corruption la priorité de sa gouvernance.

La lutte contre la corruption comme un moyen de garantir la stabilité et le développement en Chine

Jusqu’en 1980, la Chine était encore un pays sous développé. Près de 88% de sa population vivait sous le seuil de l’extrême pauvreté. Le revenu par habitant y était alors inférieur à celui de nombreux pays d’Afrique subsaharienne. Sa modernisation intervient après les réformes économiques de 1978. Depuis lors, la Chine a connu une croissance spectaculaire, devenant aujourd’hui, une puissance mondiale en industrie, infrastructures, technologie et innovation. Mais pour conforter cette croissance, une lutte tous azimuts contre la corruption est lancée par les dirigeants. Un combat qui n’exclut personne, petit ou grand, et qui rencontre un soutien populaire dans un pays qui a longtemps souffert d’abus par le passé.

Les bâtisseurs de la Chine moderne. L’actuel président Xi Jinping a fait de la lutte contre la corruption la priorité de sa gouvernance

Trois phases majeures configurent le développement de la Chine. De 1949 à 1978, sous la direction du président Mao Zedong, la République populaire de Chine lance son industrialisation, met en place une économie centralement planifiée et adopte une politique d’autosuffisance. Cette période a permis d’unifier le pays, d’éradiquer l’analphabétisme et de constituer une base industrielle. A partir de 1978, sous l’impulsion de Deng Xiaoping, le pays amorce une transition vers une « économie socialiste du marché ». Des Zones économiques spécialisées (ZES) sont créées pour attirer les investissements étrangers, stimuler l’exportation et favoriser l’émergence d’une économie privée.

Cette phase a généré une croissance économique spectaculaire. Après son adhésion à l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) en 2001, la Chine devient « l’usine du monde », avant de monter en gamme. Le pays se concentre désormais sur l’innovation, l’intelligence artificielle, l’industrie verte et l’autosuffisance comme en témoignent ses plans quinquennaux successifs. Ainsi, en quatre décennies, la Chine est passée d’une économie rurale et planifiée à la deuxième puissance mondiale en PIB nominal, en 2025, avec 19 400 milliards USD et la première en termes de parité de pouvoir d’achat (41 000 milliards de Dollars).

 La classe moyenne chinoise compte environ 350 à 400 millions de personnes, soit plus de 6 fois la population française. Pour répondre à tous les besoins, l’Empire du Milieu construit un vaste réseau d’infrastructures, y compris des routes, des chemins de fer à grande vitesse (plus de 48 000 Km), des ports et des aéroports facilitant le commerce intérieur et international. Grâce à un système bancaire majoritairement public, et à des contrôles rigoureux des capitaux, la Chine a évité certaines des crises financières qui ont touché d’autres économies en développement. Ce pays possède les plus importantes réserves de change au monde, offrant une protection contre les chocs économiques externes.

La clé de cette transformation réside dans le refus de la rigidité idéologique : « traverser la rivière en tâtant les galets », c’est-à-dire expérimenter localement (une méthode) avant de la mettre à échelle et placer l’efficacité au-dessus de la doctrine, telle est la philosophie qui a permis de sortir près de 800 millions de personnes de l’extrême pauvreté. Le « siècle d’humiliations » (envahissements, colonisation) constitue le moteur psychologique et stratégique profond de cette réémergence. En ce sens que, la Chine ne cherche pas seulement à se développer, elle poursuit une forme de réparation historique, guidée par la conviction que jamais plus, elle ne doit subir la domination étrangère. Ce résultat spectaculaire qui intervient après une longue marche impulsée par le Parti Communiste Chinois (PCC), est une histoire de vision et de stratégie, d’organisation rigoureuse et de méthode, mais aussi de pragmatisme (rupture avec les modèles communistes historiques, souvent marqués par une rigidité doctrinale) et d’une volonté de revanche. En termes de réformes, le président Xi Jinping préconise ces dernières années l’auto-revolution du PCC, c’est-à-dire une auto-critique régulière, en vue de répondre à tous les défis du pays. Par ailleurs, pour l’Etat chinois, la réussite économique, l’accumulation de richesses et de capacités productives visent la puissance et la souveraineté nationale, mais aussi un rayonnement à l’international. Ce miracle financier chinois marche de pair avec une lutte sans concession contre la corruption.

Tolérance zéro contre la corruption

Comme partout dans le monde, la corruption a toujours existé dans la Chine communiste. Cependant, elle a pris un nouvel essor avec l’introduction du marché, l’intensification de la circulation monétaire, la réapparition d’entrepreneurs privés et le développement du consumérisme (société de consommation). La corruption se manifeste dans les provinces comme à Pékin, à tous les étages de la société civile comme de la bureaucratie. Les pots-de-vin, les trafics d’influences, les détournements de fonds, les abus de biens sociaux se chiffrent à des millions et milliards de Yuans.

Au tournant du 21e siècle, les progrès de la mondialisation étendent encore le champ et l’échelle de cette corruption. Conscients des dangers que de telles dérives font courir à l’économie, à la société comme au régime, les dirigeants chinois n’ont jamais cessé de lutter contre la corruption. Les quelques têtes qui sont tombées dans les années 1998 et 2008, n’ont pas suffi pour enrayer l’extension du mal, car « difficile d’arrêter le voleur, quand il ne fait qu’un avec le gendarme ». Mais, dès son élection comme secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) lors du 18e congrès national, en novembre 2012, Xi Jinping fait de la lutte contre la corruption son objectif prioritaire. Ainsi, bien avant qu’il prenne le pouvoir comme président de la République, en mars 2013, Xi Jinping lance une vaste campagne de lutte anti-corruption. Elle vise à assainir l’administration et le Parti, rétablir la confiance du peuple envers les institutions et imposer une gouvernance irréprochable.

Selon M. Wang Kun, chargé de cours à l’Université des Langues étrangères de Beijing (BFSU), cette campagne repose sur la stratégie dite des « Tigres » (hauts fonctionnaires), des « Mouches » (fonctionnaires locaux) et des « Renards » (fugitifs corrompus à l’étranger). Pour le professeur Wang Kun, donner la primauté au droit et recourir aux instruments juridiques, renforcer la coopération internationale, notamment en matière de recherche transnationale des fugitifs et de recouvrement des avoirs illicites et miser sur la technologie en exploitant le Big Data, la télédétection par satellite et d’autres technologies permettent d’accroître l’efficacité de la lutte contre la corruption.

Contrairement aux campagnes habituelles s’appuyant sur la police, laquelle est souvent corrompue, le président de la République a désigné la Commission centrale pour l’inspection disciplinaire (CCID), l’organe disciplinaire du parti, pour mener les enquêtes. Avec la justice, la CCID mène alors des enquêtes, de 2012 à 2017, une campagne d’une ampleur sans précédent, attaquant d’anciens membres du Comité Permanent du Politburo (CPP) et d’anciens généraux de la Commission militaire centrale (CMC), deux des plus grands organes de pouvoir du pays. Ces efforts ont permis de sanctionner des millions de cadres et de récupérer des milliards de Yuans de biens illicites.

Des résultats probants

Ainsi, depuis 2012, la campagne contre la corruption en Chine a appliqué des sanctions à 2,3 millions de membres, dont plus de 120 dignitaires de très haut rang. La purge de figures puissantes comme Zhou Yongkang (ancien membre du CPP et chef de la police chinoise) et Xu Caihou (ancien vice-président de la CMC et numéro 2 des forces armées) témoignent de l’ampleur de la campagne qui continue avec intensité.

Car, elle reste une priorité essentielle dans les efforts du PCC pour mener le pays dans sa marche en avant. De l’avis de M. Wang Kun, les organes de lutte contre la corruption surveillent de près les hauts responsables clés et ont optimisé les inspections, afin de garantir que le pouvoir soit exercé sous une supervision stricte. Au cours de l’année 2025, 65 responsables, pour la plupart de niveau ministériel ou supérieur, ont fait l’objet d’une enquête pour corruption, neuf affaires ont été ouvertes au cours du mois de décembre, selon les informations publiées sur le site internet des organes chargés de la lutte.

De janvier à novembre 2025, 536 000 responsables de rang inférieur ont fait l’objet de sanctions disciplinaires, et 20 000 affaires ont donné lieu à des poursuites. Au niveau mondial, grâce à Sky net et l’aide d’Interpol, le pays a réussi à rapatrier 782 fugitifs et à récupérer 3,38 milliards de Dollars de biens illicites. En dehors des poursuites judiciaires, des campagnes de sensibilisation et d’éducation sont lancées périodiquement pour exhorter les membres du parti à renforcer le respect du code de conduite.

En 2025, le PCC a achevé les inspections dans toutes les provinces, régions autonomes et municipalités. Le cadre institutionnel a été aussi renforcé. La loi révisée sur la supervision est entrée en vigueur, en juin, permettant d’élargir les pouvoirs de supervision, de supprimer les obstacles institutionnels, démontrant s’il en est encore besoin, une position claire en faveur d’une répression ferme contre la corruption, cette gangrène à têtes multiples qui sape l’économie des Etats et leur stabilité.

Pour le président Xi Jinping, « Nous devons continuer à attraper les « tigres » comme les « mouches » lorsque nous traitons des cas des hauts fonctionnaires qui violent la discipline du parti et les lois de l’Etat, ainsi que des problèmes de mauvaise conduite et de corruption qui affectent directement les intérêts de la population. Tous sont égaux devant la loi et la discipline du parti ; quiconque est impliqué dans une affaire de corruption doit faire l’objet d’une enquête approfondie et impartiale ». Car comme le dit un adage africain, « qui vole un œuf », sans impunité, « volera un bœuf ».

Blandine TAGBA-ABAKI

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