Contre le gâchis énergétique en Afrique de l’Ouest : La CEDEAO engagée à mesurer pour mieux agir

Face aux pertes massives sur ses réseaux et à sa dépendance au bois de chauffe, l’Afrique de l’Ouest s’attaque à son talon d’Achille : le manque de données fiables. Depuis le 5 octobre, les experts des douze Etats membres de la CEDEAO sont réunis à Lomé pour valider les statistiques 2023-2024, adopter une stratégie d’enquêtes pour les secteurs mal couverts (transports, industrie, résidentiel) et arrêter des feuilles de route nationales. L’objectif étant d’alimenter le deuxième rapport régional et fournir une base solide pour orienter les politiques publiques et attirer les investissements.

« On ne pilote pas ce que l’on ne mesure pas, et l’on ne finance pas ce que l’on ne peut pas démontrer. » L’avertissement lancé, le lundi 5 octobre 2026, par le ministre délégué chargé de l’Energie, Robert Koffi Messan Eklo, à l’ouverture de l’atelier de validation, résume le paradoxe ouest-africain. La région souffre d’un accès inégal à l’électricité et d’une lourde dépendance aux combustibles fossiles, alors que l’efficacité énergétique reste le levier le plus accessible et le moins coûteux pour libérer des capacités. Faute de données harmonisées, ce gisement reste inexploité. Organisé conjointement par le CEREEC, la Commission de la CEDEAO et la Commission africaine de l’énergie (AFREC), l’atelier réunit, jusqu’au 9 octobre, deux experts par Etat : un représentant des services de l’énergie et un analyste de l’Institut national de la statistique.

Les parties prenantes à la rencontre.

Le constat alarmant du premier rapport régional

Lancée en août 2025, la première édition du rapport CEDEAO 2018-2022 a révélé des faiblesses structurelles. La consommation finale d’énergie y progresse de 3,85% par an, portée à 55% par le résidentiel, dépendant à 77% de la biomasse pour la cuisson. Plus critique, les réseaux ont perdu 21,3% de l’électricité transportée, en 2022, soit plus du double de la cible de 10% fixée par la CEDEAO.

Face à ces défis, le Togo entend faire figure de cas d’école. Avec 75% d’accès à l’électricité fin 2025, il vise l’accès universel, en 2030, grâce au Fonds Tinga pour les branchements à coût réduit et au projet Cizo pour les kits solaires ruraux. Il ambitionne aussi 80% d’accès à la cuisson propre, d’ici 2030, pour enrayer la déforestation. « L’énergie la moins chère est celle que l’on n’a pas besoin de produire », a rappelé le ministre Eklo.

Vers une communauté d’experts durable

Pendant cinq jours, les délégations exploitent un questionnaire harmonisé de l’AFREC pour valider les indicateurs et définir des feuilles de route nationales. Les données, qui restent la propriété de chaque Etat, alimenteront les systèmes nationaux, le SIE-CEDEAO, la plateforme ECOWREX et les bases continentales de l’AFREC. Elles contribueront à l’ODD 7 et à la Stratégie africaine d’efficacité énergétique (AfEES), qui vise +50% de productivité énergétique, d’ici 2050.

Pour la Représentante résidente de la CEDEAO au Togo, Mme Deweh Emily Gray, l’énergie « est le socle du développement. Sans énergie fiable, abordable et durable, pas d’industrie compétitive, pas de transformation numérique ». Elle a inscrit ces travaux dans la Vision CEDEAO 2050 et la Politique d’efficacité énergétique adoptée, en 2013.

Même diagnostic pour le représentant du directeur exécutif de l’AFREC, M. Gbaty Tiadja Gbandey. Selon lui, « des données fiables, cohérentes et comparables sont essentielles pour planifier et mobiliser les investissements ». Au-delà de la collecte, il s’agit d’améliorer la qualité, de combler les lacunes et de convenir de méthodologies communes quand les données manquent. Ainsi, en validant ensemble leurs données, les Etats membres se donnent, enfin, les moyens de suivre leurs progrès et de convaincre les investisseurs.

Bernardin ADJOSSE

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