Santé

Revoir le prix élevé des produits pharmaceutiques pour lutter contre les médicaments contrefaits

Revoir le prix élevé des produits pharmaceutiques pour lutter contre les médicaments contrefaits

Le Club Diplomatique de Lomé a ténu sa septième conférence trimestrielle, le 20 janvier, à l’hôtel  Sarakawa, sous le thème: «  les faux médicaments en Afrique et au Togo : entre chiffres bruts et réalités souvent complexes ; quelles stratégies de lutte ? ».  Président de l’Ordre des Pharmaciens du Togo (ONPT), Dr Innocent Koundé Kpeto,  l’invité de cette rencontre de réflexion, a présenté les conséquences des faux médicaments et les stratégies de luttes mises en place pour stopper  la pratique et décourager les trafiquants.

Trafic illicite des médicaments au Togo, en Afrique et dans le monde, les enjeux sociaux et économiques du marché des faux médicaments, le circuit du marché illicite des médicaments   ou comment garantir la qualité des produits pharmaceutiques,  autant de sujets, présentés aux débats par le Pharmacien Koundé Kpeto, à la rencontre du Club Diplomatique de Lomé, tenue jeudi, pour le compte de sa septième conférence trimestrielle.

Le Président ONPT a d’abord présenté à l’assistance une vidéo d’un atelier de fabrication des produits contrefaits. Définissant les concepts, ensuite, l’orateur a dit que selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) « un produit médical est contrefait lorsqu’il y a une fausse représentation de son identité et/ou de sa source. Cela s’applique au produit, à son conditionnement ou à toute autre information concernant l’emballage ou l’étiquetage. La contrefaçon peut s’appliquer à des spécialités ou à des produits génériques. Les produits contrefaits peuvent être des produits contenant les bons ingrédients/composants, pas de principe actif ou un principe actif en quantité insuffisante ou encore des produits dont le conditionnement a été falsifié ».

Selon lui, les médicaments génériques constituent des copies autorisées de médicaments princeps (médicament découvert et qui fait l’objet d’une protection de la propriété intellectuelle pendant une durée). «  Passé ce délai, qui est un délai légal, la molécule peut être reproduite par d’autres fabricants qui ont les bonnes pratiques de fabrication et qui peuvent faire des copies de génériques. Ce qui fait que les génériques sont moins chers. Ce n’est pas qu’ils sont faux ou qu’ils sont de moindre qualité. C’est que le générique ne supporte plus les coûts de la longue recherche qui a abouti à la mise à disposition du médicament. Le générique aussi est commandé par appel d’offre. On peut pouvoir obtenir de meilleurs prix, parce que son conditionnement est en grande quantité. Ce qui fait baisser le prix du produit. C’est un bon médicament, le générique, et il ne faut surtout pas faire d’amalgame entre le générique et les faux médicaments », a relevé Dr Kpeto. Selon lui, les génériques présentent la même composition qualitative et quantitative en principe actif, la même forme pharmaceutique et la même biodisponibilité dans l’organisme que les médicaments princeps. Ils sont réglementés, contrôlés et soumis à une autorisation de mise sur le marché. Ils n’engendrent donc aucune difficulté du point de vue sanitaire. Mais les génériques peuvent eux-mêmes faire l’objet de contrefaçon, qui est un problème de santé publique.

La contrefaçon, un problème de santé publique

Les faux médicaments sont une préoccupation. C’est un phénomène qui sévit avec beaucoup d’ampleur au Togo, dans la sous – région et au niveau mondial. Ils causent des problèmes assez complexes aujourd’hui et plusieurs secteurs de développement sont impliqués. Selon le conférencier, il y a d’abord, le secteur de la santé, la sécurité, le commerce, les douanes et ensuite, les trafiquants et la population. C’est tout le monde qui est exposé aux faux médicaments, quelle que  soit sa situation sociale.

Ces faux produits sortent et entrent dans les pays de fabrication et de consommation en contrebande, en cachette.

Ils sont de véritables poisons, parce que provenant de circuits illicites. Leur fabrication, importation, distribution et stockage ne respectent aucune des normes et bonnes pratiques en la matière. Ces médicaments sont intrinsèquement défectueux et constituent une grave menace pour la sécurité des patients, en particulier, et des populations des villes et campagnes en général. Les faux médicaments  sont à l’origine de pathologies graves que sont les insuffisances rénales et la toxicomanie. Ils sont aussi la cause des résistances médicamenteuses, et la source première de l’automédication aux conséquences sanitaires et sociales néfastes.

Cette pratique favorise également le blanchiment d’argent, la perte de confiance des populations dans les systèmes de santé.

L’OMS estime que la contrefaçon des médicaments représenterait 10 à 15% du marché mondial des médicaments. On dénote 800 mille morts par an liés aux faux médicaments. Tandis que plus de la moitié  (50%) des médicaments vendus sur Internet sont des faux.

Pour le Président de l’Ordre des Pharmaciens du Togo, Dr Innocent Koundé Kpeto, 50 à 70 % de médicaments contrefaits viennent de l’Inde, de la Chine et du Nigéria. Ce trafic  fait réaliser aux faussaires, un chiffre d’affaires annuel de plus 75 milliards de dollars, au détriment de la croissance économique, du bien-être social et de la réduction de la pauvreté des pays à revenu faible. D’où, la nécessité de combattre ce fléau.

Développer des stratégies pour endiguer le mal

Pour endiguer le mal, l’orateur propose de faire une meilleure analyse du phénomène afin de lui opposer une lutte efficace. Selon lui, « le défis, c’est de pouvoir remonter les filières des fabricants et renforcer la coopération entre Etat, surtout dans les pays de transit. Chaque Etat lutte contre les faux médicaments à son niveau. Ce qui reste, est la coopération. Puisse que les réseaux de contrefaçon sont de plus en plus organisés en réseaux criminels. Il est important, qu’il y ait cet engagement de l’ensemble des pays». Il faut prévenir les faux médicaments, au lieu d’être toujours dans la répression, permettre l’accès du médicament, surtout des génériques à moindre coût.

Au niveau du Togo, le Pharmacien insiste sur la coordination entre les agences qui interviennent dans la lutte. « Dès fois, il manque le partage d’informations entre les douaniers, les policiers et  les magistrats et entre les autorités nationales de régulation du médicament au niveau du ministère de la santé et les pharmaciens », a relevé le conférencier.

Dans le cadre des campagnes de sensibilisation, le Dr Kpeto pense que le message des artistes est important pour faire passer les informations et rassurer les populations.

Pour lui, il est important de faire confiance au système d’approvisionnement des médicaments et assurer l’autorégulation.

Dans les débats, les diplomates et médecins ont proposé de mettre en place des laboratoires de contrôle de qualité de référence internationale, pour vérifier les produits que nous consommons. Ils proposent aussi de  revoir le prix élevé des produits pharmaceutiques, qui font que les gens se rabattent sur les faux médicaments moins chers.

L’OMS, de son côté, travail avec le ministère de la Santé du Togo, pour assurer que l’Autorité Nationale de Règlementation et le Comité de Pharmacovigilance fonctionnent correctement pour pouvoir détecter les médicaments qui sont peu sûrs, mis sur le marché de manière illicite et surtout que les populations puissent disposer de médicaments efficaces.

Moussouloumi   BOUKARI

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