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Retour sur la marche héroïque du Togo vers l’indépendance

Monument de l'indépendance
Retour sur la marche héroïque du Togo vers l’indépendance

La nation togolaise toute entière célèbre, le 27 avril 2024, le 64e anniversaire de son accession à la souveraineté internationale. Occasion pour rendre un hommage mérité aux illustres martyrs et patriotes de la première heure qui se sont investis sans compter dans la lutte âpre pour arracher cette indépendance, le 27 avril 1960. Les Togolais vont saisir l’occasion pour démontrer leur adhésion à la commémoration de cette date repère qui fonde véritablement la nation togolaise. Jusque-là, brossons ensemble les grands traits de la marche héroïque qui a permis à tout un peuple d’arracher, au prix de milles sacrifices, sa liberté, sa dignité et sa responsabilité.

Sylvanus Olumpio

Les historiens et les témoins de la marche du Togo en quête de sa souveraineté internationale sont unanimes à reconnaître que le processus ayant conduit le pays à sortir du joug colonial n’a pas du tout été un fleuve tranquille. Depuis l’assaut colonial, symbolisé par la signature du traité de protectorat de Togoville entre l’explorateur allemand Natchingal et le chef Mlapa III, en 1984, à la proclamation de l’indépendance, le 27 avril 1960, en passant par la pacification des différents peuples, les efforts de guerres, les partitions successives du pays, les changements de maîtres et les luttes de libération nationale, les Togolais ont payé un lourd tribut. A l’occasion de fêter, dans quelques moments, le 64e anniversaire de notre indépendance, la nation se remémore, à juste titre,le parcours héroïque de tout un peuple qui s’est mobilisé pour arracher, au prix de milles sacrifices, sa liberté.

En effet, l’histoire commune des peuples qui composent, aujourd’hui, le pays appelé Togo remonte, véritablement en 1898, avec la pacification du territoire conquis par l’Allemagne. Ce n’est qu’après les phases d’exploration, des conquêtes et des traités que se renforça et se poursuivit l’organisation politique et administrative de l’ensemble du territoire ainsi conquis et dénommé « Togoland ». En fait, la date repère est 1884, année où l’explorateur Gustav Nachtigal a signé le traité de protectorat avec le chef Mlapa III de Togoville. Mais, ce traité ne concernait que quelques localités de la côte et non l’ensemble du futur territoire, dont les limites étaient méconnues, puisqu’il fallait guerroyer, lutter contre les autres puissances (française à l’Est et anglaise à l’Ouest), de même que contre les différents peuples rencontrés, pour qu’enfin, en 1898, la physionomie du territoire puisse se dessiner. Dès lors, la puissance coloniale allemande s’attacha à la mise en valeur du territoire qui s’étendait sur environ 85000 km2, avec plus d’un million d’habitants.

Une « colonie modèle » à prix de sueur et de sang

Cette mise en valeur a consisté à la construction des infrastructures de transport, notamment le warf, le chemin de fer et quelques routes, pour pouvoir drainer les produits de l’intérieur vers la côte, en vue de leur convoiement vers la métropole. Sur le plan social, les Allemands ont mis l’accent sur l’éducation, afin d’apporter un soutien aux expatriés sur place. La colonisation allemande aura été marquée par la discipline et l’ordre dans le travail qui amenèrent des résultats favorables. Le développement rapide de l’économie a conduit au miracle économique togolais, avec le mythe de la « colonie modèle », un qualificatif que les Togolais ont acquis à prix de sueur et de sang.

Nicolas Grunitzky

La première guerre mondiale (1914-1918) a mis fin à l’expérience économique des Allemands, contraints par la défaite militaire de quitter le Togo, en cédant la place aux Français et aux Anglais, dont le premier acte politique fut le partage du territoire en deux. A la fin de la guerre, le Togo français fut placé sous mandat de la Société des Nations (SDN) qui confia l’administration à la France. A cause de la crise économique de 1929 et de la 2e guerre mondiale, la croissance économique du Togo français fut lente. Toutefois, des efforts sont faits dans les domaines de la santé et de l’éducation. Il a fallu attendre la fin de la 2e guerre mondiale, lorsque le Togo passa sous tutelle de l’ONU, pour voir naître un véritable programme de développement économique et social, sous l’action du Fonds d’investissement et de développement économique et social (FIDES).

La marche vers l’indépendance

La participation des peuples africains à la 2e guerre mondiale aux côtés des alliés, la découverte des horreurs, mais aussi des efforts des peuples européens pour recouvrer leur liberté remise en cause par l’ordre nazi, ont réveillé des peuples sous domination qui vont, eux aussi, aspirer à la même liberté. Ce qui va ouvrir la voie à des luttes de libération qui, dans le cas du Togo, se traduiront par des conflits parfois violents. Les révoltes consécutives à la contribution obligatoire à l’effort de guerre, aux travaux forcés, au rationnement alimentaire, aux paiements fiscaux en nature et en espèces seront suivies de répressions qui laisseront aux Togolais un mauvais souvenir de la guerre 1939-1945.

Le warf de Lomé

Comme durant le premier conflit mondial, les Togolais ont participé aux côtés des Français à la lutte pour la sauvegarde des valeurs morales universelles. La fin du conflit laissait entrevoir au peuple togolais le salut tant attendu de son émancipation, dont l’autodétermination était le principe intangible. La mise du pays sous tutelle de la France en constituait la pierre angulaire, car elle visait l’évolution graduelle des masses populaires concernées vers l’auto administration. L’instauration, d’une part, des sièges à conquérir par les Africains à l’Assemblée nationale française, au Conseil de la République et au Conseil de l’Union française, et d’autre part, des Assemblées territoriales où les délégués des populations devraient débattre des affaires locales, fut un véritable stimulant pour la naissance des partis politiques.

Ainsi, apparurent au Togo, le Comité de l’Unité Togolaise (CUT) et le Parti Togolais du Progrès (PTP) en 1946, l’Union des Chefs et des Populations du Nord (UCPN) et la Juvento en 1951 et le Mouvement Populaire Togolais (MPT) en 1954. Leurs leaders étaient : Sylvanus Olympio, Augustino de Souza et Jonathan Savi de Tové pour le CUT, Nicolas Grunitzky et Robert Ajavon pour le PTP, Mensah Aithson et Anani Santos pour la Juvento, Derman Ayéva, Mama Fousséni et Antoine Méatchi pour l’UCPN, Pédro Olympio, John Amaté Atayi et Samuel Akéréburu pour le MPT. Mais, l’ampleur de leurs dissensions internes et les conflits d’hégémonie personnelle faisaient le jeu de la France qui se préparait à la réforme constitutionnelle devant déboucher sur l’autonomie interne. Celle qui est intervenue, le 30 août 1956, avec la proclamation de la République autonome du Togo. Les textes fondamentaux transféraient aux dirigeants locaux certains pouvoirs, ainsi que la possibilité d’avoir un drapeau, une devise et un hymne national. Le poste du Premier ministre fut confié à Nicolas Grunitzky du PTP.

Maîtres de leur destin

Entre temps, la dégradation de la situation politique interne, les luttes fratricides entre les partis politiques et la non maîtrise de l’appareil économique créaient les conditions de l’implosion sociale. Ce qui amènera les autorités françaises à décider l’organisation des élections, sous contrôle onusien, le 27 avril 1958. Celles-ci furent remportées par le CUT avec 59,8% des votants. On fit appel à Sylvanus Olympio pour former le gouvernement, dont le premier acte fut la revendication de l’indépendance. La France en accepta le principe et, le 27 avril 1960, elle fut proclamée. Ce jour mémorable de libération de tout le peuple de l’oppression coloniale a été accueilli partout par des scènes de liesse. « Peuple togolais, par ta foi et ton courage, la Nation togolaise est née », avait alors lancé Sylvanus Olumpio, pour résumer l’abnégation et l’espoir des Togolais qui s’apprêtaient à jouir des fruits de tant d’années de servitude, de sacrifices et de souffrances.

Désormais, ils ont retrouvé leur dignité et sont maîtres de leur destin. Mais, la jeune République du Togo était sortie de la période coloniale sans autres atouts que la bonne volonté de ses hommes et l’ambition intrépide d’une poignée de leaders. Très vite, elle s’emploiera à asseoir son assise internationale avec des relations diplomatiques établies avec des pays tant capitalistes que socialistes et, surtout, avec son adhésion à l’ONU, le 30 septembre 1960. Alors s’ouvrit une nouvelle page de l’histoire du pays que les Togolais sont appelés à écrire eux-mêmes.

Faustin LAGBAI

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