Réadaptation physique : Huit pays se concertent à Lomé afin de faire du Togo un hub académique
Lomé abrite, depuis 3 novembre 2026, une conférence régionale consacrée à la reconnaissance du métier d’orthoprothésiste et à son intégration dans la fonction publique. Organisée par la délégation du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) au Togo, en collaboration avec ses partenaires et sous les auspices des ministères concernés, la rencontre réunit huit pays autour des enjeux de développement de la réadaptation en Afrique francophone. Elle est couplée au lancement officiel du Projet d’Education en Réadaptation pour l’Afrique Francophone (PERAF), qui ambitionne de faire du Togo le hub académique de référence.

Les délégations des huit pays à l’ouverture de la rencontre
Lors de la 75e session du Comité régional de l’OMS, pour l’Afrique, tenue à Lusaka, en août 2025, l’organisation a rappelé un chiffre alarmant. Plus de 210 millions d’Africains ont besoin de services de réadaptation et au moins 63% d’entre eux n’ont pas accès aux soins nécessaires. Pénurie de professionnels qualifiés, couverture insuffisante au niveau des soins primaires et communautaires, services inadéquats sont autant d’obstacles cités.
C’est pour réfléchir à ces défis que la conférence régionale sur le secteur de la réadaptation physique en Afrique francophone se tient, depuis e mardi 3 novembre à Lomé, et ce jusqu’au 6 novembre 2026, autour des enjeux de développement du secteur.
Elle mobilise les décideurs politiques, les partenaires techniques et financiers et l’ensemble des acteurs venus de huit pays (Mali, République Démocratique du Congo, République centrafricaine, Cameroun, Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire et Togo). S’inscrivant dans le cadre du Projet d’Education en Réadaptation pour l’Afrique Francophone (PERAF), cette rencontre ambitionne de renforcer les compétences des orthoprothésistes et de favoriser une meilleure intégration des services de réadaptation dans les politiques nationales de santé.
Au-delà d’un programme de formation, le PERAF se veut une réponse durable à l’insuffisance de professionnels hautement qualifiés. Porté par le CICR, il s’appuie sur un partenariat solide avec l’Ecole Nationale des Auxiliaires Médicaux de Lomé, l’Université de Lomé, Human Study, le ministère de la Santé et d’autres institutions.
Le projet accompagnera, sur une période de cinq ans, le renforcement institutionnel des établissements partenaires, notamment au Togo et au Mali. Il prévoit le développement d’une formation supérieure de niveau master en sciences des prothèses et orthèses à Lomé, avec pour objectif de former des experts cliniciens et des enseignants capables, à leur tour, de transmettre des compétences spécialisées.
L’ambition affichée par le gouvernement togolais est de faire du Togo un hub académique de référence. Pendant quatre jours, les participants plancheront sur le thème central « La reconnaissance du métier des orthoprothésistes et leur intégration dans la fonction publique : évolution, défis et perspectives ».
Au programme, des sessions plénières, des ateliers thématiques, des rencontres bilatérales et une exposition d’innovations.
Plaidoyer du gouvernement pour une réadaptation intégrée
Ouvrant les travaux, le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture sanitaire universelle, Jean-Marie Koffi Tessi, a indiqué que « la grandeur d’un système de santé ne se mesure pas uniquement à sa capacité de prévenir les maladies ou de sauver des vies. Elle s’apprécie également à son aptitude à accompagner chaque personne vers le rétablissement de ses capacités et la préservation de son autonomie ». Il a inscrit cette ambition dans la vision du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, articulée autour du triptyque « Protéger, Rassembler et Transformer ».
Protéger, en garantissant un accès équitable aux services essentiels, notamment à travers l’Assurance Maladie Universelle. Rassembler, en refusant que le handicap devienne un facteur d’exclusion. Transformer, en rendant les systèmes de santé plus accessibles et plus résilients.
Même son de cloche du côté du ministre délégué chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Gado Tchangbedji, pour qui le PERAF constitue une opportunité stratégique. « Former un professionnel, c’est répondre à un besoin immédiat. Mais, former des experts et des enseignants, c’est se donner les moyens de répondre durablement aux besoins des générations futures », a-t-il affirmé. Il a insisté sur la rigueur académique, la qualification des formateurs et la pérennité de la formation.
La réadaptation, levier d’inclusion et de dignité
Au nom de la ministre des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance, M. Yaovi Edem Nukunu Flagbé, a salué l’engagement constant du CICR aux côtés du Togo, depuis 1975, et mis en avant les efforts du gouvernement en faveur des personnes handicapées, notamment à travers le Centre National d’Appareillage Orthopédique (CNAO) et les mesures fiscales incitatives au recrutement. « Derrière chaque besoin d’appareillage se trouve une personne aspirant à retrouver son autonomie, sa dignité et sa pleine participation à la vie communautaire », a-t-il souligné, appelant à traduire le PERAF en résultats concrets.
Dans son intervention, la cheffe de la délégation du CICR à Lomé, Maria Soledad Kueda Garcia, a souligné que la dignité humaine, l’égalité des chances et l’accès aux droits fondamentaux ne relèvent d’aucune faveur, mais d’une responsabilité collective. Elle a rappelé que la réadaptation doit être accessible à tous, sans distinction d’âge, de genre ou de lieu de résidence. Tout en réaffirmant la volonté du CICR de faire du Togo un véritable hub régional.
« Un fauteuil roulant, une prothèse, ce n’est pas un simple appareil. C’est une jambe qui remarche. C’est un enfant qui va à l’école. C’est la dignité rendue », a laissé entendre, pour sa part, M. Gratien Akakpo-Numado, président du Conseil d’administration de la Fédération Togolaise des Associations de Personnes Handicapées (FETAPH). Il a interpellé les participants sur le manque de reconnaissance, de statut officiel et de grille salariale digne pour les orthoprothésistes. Les travaux vont déboucher sur des feuilles de route nationales claires, assorties de responsabilités et de mécanismes de suivi jusqu’à la prochaine rencontre régionale prévue, en 2028.
Komla GOKATSE