La forêt artificielle de Saihanba, une bataille inspirante contre le désert
La ville de Chengde au Nord-Est de la province de Hebei a découvert ses charmes, du 7 au 10 juillet 2026, aux journalistes africains en séjour, depuis deux mois, en Chine. D’une superficie de 39 500 Km2 et d’une population de 3,28 millions d’habitants, elle se situe à 225 Km de la capitale Pékin et se targue d’être la plus grande ville-préfecture de Hebei. Ville touristique et pittoresque comprenant un patrimoine humain et culturel d’une grande profondeur, elle est au carrefour entre industrie propre, agropastoralisme, agroforesterie et énergies renouvelables dans un climat montagnard frais et humide.
Parmi les richesses visitées, se trouve un joyau inestimable, la forêt de Saihanba, une forêt artificielle établie sur 76 733 ha par trois générations d’hommes et de femmes qui ont pris à la lettre la célèbre phrase du président Xi Jinping, selon laquelle « la forêt vaut son pesant d’or ». Car, aujourd’hui, cette forêt mécanisée, la plus grande au monde, permet de fixer 860 300 tonnes de carbone, de produire 598 400 tonnes d’oxygène et 479 mm de pluies par an. Ce qui lui a valu respectivement, en 2017 et 2021, les prestigieux prix « Champions de la Terre » et « Land for life » de l’ONU.

Les journalistes en randonnée dans la forêt mécanisée de Saihanba.
Autrefois un désert en raison de l’action humaine et des guerres successives, la forêt mécanisée de Saihanba a été créée, en 1962, sur une partie importante du célèbre site de chasse impérial des Qing, dans la région de Bashang au Nord du comté autonome mandchou et mongol de Weichang, dans la ville de Chengde. Cette plantation forestière est une réserve naturelle décidée par le gouvernement chinois pour constituer une solide barrière écologique verte pour la région Pékin-Tianjin-Hebei. Elle couvre une superficie totale d’environ 93 333 ha et se trouve dans une zone de transition forêt-prairie à une altitude entre 1010 et 1939,9 m.
La température moyenne annuelle est de -1,3 °C, avec l’enneigement qui dure 7 mois par an, la période sans gel 64 jours et les précipitations atteignant 479 mm l’année. Selon les guides touristiques retrouvés sur place, notamment Mme Wang Xueyan, les principales essences plantées dans cette ferme sont le Mélèze, le pin Sylvestre, l’épicéa et le bouleau blanc, soit un volume sur pied de 10 368 millions de m3 sur une superficie boisée de 76 733 ha (82%) en 2026.

Cette forêt touffue était autrefois un désert.
La forêt comprend également 6867 ha de zones humides et constitue une source d’eau importante pour les bassins des rivières Luan et Liao, assurant chaque année, une régulation hydrique de 284 millions de m3. Cette « mer de verdure » permet de réduire 860 300 tonnes de dioxyde de carbone, tout en libérant 598 400 tonnes d’oxygène. La valeur totale des actifs forestiers est estimée à 23,12 milliards de Yuans et les services écosystémiques fournis annuellement sont d’environ 15,69 milliards de Yuans.
Ce chef-d’œuvre écologique est à l’actif de trois générations de travailleurs qui, pendant plus d’un demi-siècle, ont livré, dans des conditions difficiles, une bataille acharnée contre le désert dans une vaste lande dénudée, balayée par des tempêtes de sable et dépourvue de végétation. Au nombre de ces valeureux combattants se trouve M. Wang Shangai, l’initiateur, décédé en 1989. Cependant, sa disparition n’a pas découragé ses collègues, qui ont continué cette œuvre humanitaire poursuivie, sans relâche, par d’autres générations de passionnés de la nature pour réaliser, à ce jour, le miracle forestier qu’est devenu la ferme de Saihanba.
Aujourd’hui, cette grande plantation forestière a permis de créer un écosystème diversifié. En effet, la faune dénombre plus de 261 espèces de vertébrés terrestres au rang desquels on peut recenser des antilopes, cerfs, mangoustes, lièvres, papillons et oiseaux rares, voire des tigres, 32 sortes de poissons, 660 espèces d’insectes, 179 variétés de champignons. La flore, quant à elle, regorge de 625 espèces végétales parmi lesquelles des plantes médicinales.
Cette ferme forestière fait vivre la population locale. Ainsi, à part l’agriculture biologique et spécialisée (châtaigne, champignons comestibles, aubépine, pomme de terre, plantes médicinales, amandier, riz de qualité et viande bovine de premier choix, moutons, …), cette forêt a permis de créer des activités connexes telles que le tourisme culturel et rural, le thermalisme et les soins de santé, les sports d’hiver, les sports hippiques, le rallye, etc.
Un exemple inspirant pour le continent africain qui paye, aujourd’hui, le plus lourd tribut aux changements climatiques.
Blandine TAGBA-ABAKI