Forum économique et humanitaire Russie-Afrique : L’Afrique ne doit plus continuer à exporter ses matières premières brutes
Le forum économique et humanitaire Russie-Afrique s’est tenu le mercredi 28 octobre 2026, à Moscou, en marge du troisième forum Russie = Afrique, sous le thème : « Développer ensemble une coopération mutuellement avantageuse et le potentiel de chaque pays d’Afrique ». Dans son discours d’ouverture de la plénière, le président de la fédération de Russie, Vladimir Poutine a déclaré que son pays est « le garant de la sécurité alimentaire sur le continent africain, vanté le rôle des BRICS et proposé aux pays africains des coopérations dans l’énergie, l’agriculture, la santé, l’éducation et le numérique.

La plénière du Forum économique et humanitaire Russie–Afrique, s’est consacrée aux questions les plus pressantes de la coopération russo-africaine dans le cadre du Forum de partenariat Russie–Afrique. Cette session s’est articulée autour des priorités de l’Agenda 2063 “L’Afrique que nous voulons” et d’autres documents stratégiques adoptés par l’Union africaine et les organisations régionales africaines.
Cette rencontre a été marquée par des tables rondes et des plénières thématiques sur la coopération entre la Russie et l’Afrique, notamment dans les domaines du commerce, des investissements, de l’industrie, du transfert de technologies, de la sécurité alimentaire et énergétique, de la numérisation, de la santé, de l’éducation, de la science, des médias et des échanges de jeunesse. La question de l’accès durable à l’eau a été abordée séparément, dans le cadre de l’objectif commun pour le continent à l’horizon 2026 approuvé par l’Union africaine.
Le Forum économique et humanitaire Russie–Afrique, selon la Russie, vise à consolider la dynamique positive du partenariat multidimensionnel russo-africain et de définir les orientations prometteuses de son développement pour les années à venir.
Les thèmes des sessions d’affaires ont été pertinents et répondent pleinement aux intérêts à long terme de la Russie et du continent africain ainsi qu’aux défis géopolitiques d’aujourd’hui. Il s’est agi, entre autres, de « la souveraineté, fondement du développement durable », « l’économie d’un ordre mondial souverain », « coopération socio-humanitaire et capital humain » et « technologies et innovations pour l’amélioration de la qualité de vie ».

L’Afrique, un continent dont le poids ne cesse de croître
Le président Vladimir Poutine, à l’ouverture de la session plénière a déclaré que la recomposition des rapports de force est déjà engagée. « On voit que le monde multipolaire, c’est déjà une tendance, c’est une réalité, et c’est quelque chose qui est irréversible ». Il a souligné que « l’époque où les destins des pays étaient décidés par certains pays est révolue » et que l’on passe désormais « à un monde plus juste », où « il faut entendre les voix de tous les participants ».
Il a montré l’importance des énormes ressources naturelles du continent africain, ses potentiels démographiques et sa position à la croisée des routes commerciales, avant de déclarer que l’Afrique « se manifeste comme un grand pôle de la politique et de l’économie mondiales ». Pour lui, l’essentiel est que « les Africains veulent défendre leurs intérêts » et « définir eux-mêmes leur destin, leur voie de développement ».
La Russie participe à l’allègement de la dette
Le président de la fédération de Russe a accusé les occidentaux, qui, selon lui, « utilisent tous les moyens : des guerres, des tarifs, des sanctions illégitimes, le diktat économique et cherchent à endetter les pays africains pour leur imposer des financements « à des conditions de pillage ». Il a cité la formule de Thomas Sankara, qui disait à l’époque que « la dette, c’est encore le néocolonialisme, où les colonialistes se sont transformés en assistants techniques.
Pour Vladimir Poutine, l’Occident utilise le phénomène de la dette comme une arme financière afin de soumettre les pays africains, dans le but de toujours contrôler leurs richesses. Par ailleurs, il estime que les conséquences de la colonisation se font encore ressentir sur le continent africain. « Il faut réformer les institutions multilatérales, il faut les réorienter pour qu’elles servent les besoins des économies en développement », a plaidé Vladimir Poutine faisant référence au Fonds monétaire international et à la Banque Mondiale.
S’agissant de la souveraineté, il a expliqué qu’il ne s’agit pas uniquement du contrôle des territoires et des frontières, ou du contrôle des systèmes financiers : « c’est aussi l’eau et l’énergie souveraines, c’est également sont les transports, les communications souveraines et fiables, c’est l’identité culturelle ». Il a insisté sur le numérique, jugeant qu’il faut rendre souveraine le stockage des données et les modèles d’intelligence artificielle. Il a annoncé que la Russie est prête à partager ses compétences, ses expériences et son savoir-faire technologique à ses partenaires africains afin de leur souveraineté.

Garant de la sécurité alimentaire sur le continent africain
Selon Vladimir Poutine, la Russie avait exporté 30 millions de tonnes de produits agroalimentaires vers l’Afrique durant les neuf premiers mois de 2026. Elle intervient déjà dans plusieurs domaines, notamment l’énergie, la santé, l’éducation, la jeunesse, les médias, etc. Il a annoncé la prolongation jusqu’en 2029 d’un programme sanitaire ayant doté huit États de quinze laboratoires anti-épidémiques et formé environ 450 spécialistes.
Environ 40 000 étudiants africains étudient en Russie, un quota de 6 000 bourses pour 2026-2027 et un réseau universitaire de 71 établissements dans 17 pays. Sur les médias, il a plaidé pour « un espace média conjoint » où les publics russe et africain auraient accès à « l’information objective et juste », et souhaité davantage de journalistes africains en Russie.
Vladimir Poutine a conclu en affirmant que les relations russo-africaines reposent sur les principes de parité et d’amitié, de respect, de soutien mutuel.

Diversifier ses partenariats et partager équitablement les bénéfices
Le président burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union Africaine, a partagé les mêmes visions que celles du président de la fédération de Russie, en déclarant que le continent africain est à la croisée des chemins. L’Afrique a besoin de développement et doit se développer avec des partenaires qui leurs permettent de trouver des solutions commune sur la base du dialogue, de justice, de la dignité, de respect mutuel, de la souveraineté et du droit international. « A travers ce forum économique et humanitaire, nous voulons que notre partenariat avec la Russie soit plus accessible, plus démocratique et plus concret en montrant aux Africains la volonté de partager ses expériences, sa technologie », a indiqué le président en exercice de l’Union Africaine.
Car, selon lui, l’Afrique ne doit plus continuer à exporter ses matières premières brutes. « Nous ne voulons pas être condamnés à exporter nos matières premières pour ensuite importer, à grands frais, les produits finis qui en résultent. Nous voulons participer à l’ensemble de la chaîne de valeurs, de la production à la commercialisation, afin que la richesse créée profite davantage à nos populations. C’est là tout le sens d’un partenariat gagnant-gagnant, dans lequel chaque partie apporte ce qu’elle a tout en respectant les priorités de l’autre et en partageant équitablement les bénéfices », a-t-il laissé entendre.
Pour le président burundais, à travers les quatre axes de discussions : « la souveraineté, fondement du développement durable », « l’économie d’un ordre mondial souverain », « la coopération socioculturelle et humanitaire et le capital humain », ainsi que « technologies et innovation pour améliorer la qualité de vie », le partenariat entre la Russie et l’Afrique recèle d’énormes progrès et inspire confiance.