Le voyage au Tibet, une aventure dans les tréfonds de la Chine
Les journalistes africains, en séjour depuis plus d’un mois en Chine, continuent leur périple à travers l’Empire du Milieu. Après la charmante ville de Tianjin à 120 Km de Pékin, le groupe des professionnels de médias a effectué, du 22 au 25 juin 2026, un voyage au Tibet à plus de 2500 km de la capitale. C’est une région autonome du Sud-Ouest de la Chine surnommée le « toit du monde » du fait de ses hauts sommets de la chaîne de l’Himalaya. Une aventure passionnante, mais aussi palpitante au propre comme au figuré, dans un endroit hautement spirituel marqué par le bouddhisme. L’objectif de ce voyage dénommé « Tournée des talents ferroviaires africains sur le Plateau Qinghai-Xizang » était de faire découvrir aux nouveaux venus cette région au climat austère à plus de 3000 m d’altitude, propice au tourisme, et qui se développe, de jour en jour, grâce au chemin de fer et à la détermination du gouvernement chinois.

Lancement de la tournée des talents ferroviaires africains à la gare de Lhassa
La première halte lors de ce séjour au Tibet a été le Temple du Jokhang situé à Lhassa, la capitale de cette région, cœur spirituel du Tibet, vénéré pour sa statue dorée représentant Bouddha. Une manière de demander l’aval des esprits de fouler sans incident le sol de leur région. Là, des moines drapés dans des étoffes aux couleurs orange et rouge bordeaux et des fidèles psalmodiaient des prières devant de géantes statues peintes d’or, sous lesquelles on pouvait voir des offrandes en billets de banque, en fleurs et en fruits.
Cette visite touristique a conduit le groupe au Musée de Xizang, le lendemain, qui raconte l’histoire, la philosophie et les mœurs des habitants de cette région encore très ancrée dans la religion. Le Palais du Potala, au sommet de la colline de Marpori, ancienne résidence d’hiver des Dalai Lama, se présente comme une majestueuse forteresse construite par le 5e Dalai Lama, Lobsang Gyatso (1617-1682). Comprenant un palais blanc et un palais rouge, ainsi que leurs bâtiments annexes, l’édifice incarnait l’union du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel tibétains, et leur rôle respectif dans l’administration de la théocratie tibétaine.
Lancement de la tournée des talents ferroviaires africains
Après la tenue d’un symposium sur les enjeux et défi s du secteur ferroviaire, les autorités chinoises et d’Afrique se sont retrouvées, mercredi 24 juin 2026, devant la gare ferroviaire de Lhassa, pour lancer le « QinghaiXizang Railways Tour for African Professionnals ». Le but est de dynamiser les partages d’expériences et d’ouvrir un nouveau chapitre dans les relations sinoafricaines en matière d’infrastructures. Ce tour s’inscrit dans le cadre de la commémoration des 70 ans de relations entre la Chine et l’Afrique, le 50e anniversaire du chemin de fer Tanzanie-Zambie-Tazara et la 20e année de l’exploitation de la ligne Qinghai-Xizang vue comme l’une des plus belles réussites de l’ingénierie ferroviaire au monde. Cette ligne de chemin de fer Qinghai-Xizang est une infrastructure de transport stratégique majeure pour le pays, un axe essentiel au soutien du développement économique, social et culturel du plateau Qinghai-Xizang.

Selon les autorités chinoises, depuis sa mise en service complète en 2006, cette ligne emblématique a amélioré globalement les capacités de transport régionales, favorisé le développement de haute qualité des zones frontalières, et encouragé les échanges ethniques, ainsi que la protection écologique sur le plateau. Long de 1 956 Km, ce chemin de fer relie la ville de Xining dans la province de Qinghai, à Lhassa dans la région autonome de Xizang (Tibet), en passant par Golmud, la réserve naturelle de Hoh Xil, la rivière Tuotuohe, la vaste steppe Amdo, le lac d’eau douce Cuona, la ville commerçante Nagqu, le comté de Damxung et le lac Namtso, Yangbajing réputé pour son champ géothermique qui, au passage, laisse voir de la vapeur s’échapper des sources chaudes et des geysers. Il s’agit donc du plus long chemin de fer du monde situé en haute altitude, avec un point culminant atteignant 5072 m au col de Tanggula. Symbole majeur de la stratégie de développement de l’Ouest chinois, et des grandes réalisations en matière d’infrastructures, le chemin de fer Qinghai-Xizang revêt une forte portée économique et sociale.
Pour les dirigeants de ce pays, il continuera, à long terme, de soutenir le développement de la région, de promouvoir les échanges culturels entre les différentes zones du pays et de constituer un moteur durable prospérité, la stabilité et la modernisation du plateau Qinghai-Xizang. Plus qu’un simple miracle d’ingénierie, cette ligne de chemin de fer incarne la persévérance, la sagesse, le respect de la nature et l’unité. C’est un lien durable qui relie le plateau au reste de la Chine continentale, apportant prospérité, espoir et une vie meilleure aux habitants du « Toit du monde ».
Un exemple qui pourrait inspirer les pays africains qui connaissent les problèmes de connectivité et de développement entre les territoires. Pour cela, M. Yang Wanming, président de l’Association du Peuple chinois pour l’Amitié avec les pays étrangers, estime que la coopération ne doit plus se limiter au financement des infrastructures. Elle doit se mesurer à l’aune des transferts de technologies, l’harmonisation des normes techniques et le partage d’expériences en gestion ferroviaire.
Les représentants des pays africains à cette cérémonie, notamment l’ambassadeur d’Ethiopie, M. Tefera Derbew Yiman, ont unanimement salué la construction des lignes de chemin de fer comme Addis-AbebaDjibouti, Mombasa-Naïrobi ou Abuja-Kaduna, avec l’aide de la Chine. Des infrastructures qui sont, aujourd’hui, un véritable moteur économique pour les Etats, ayant boosté le transport et créé des milliers d’emplois, tout en restant un levier essentiel pour l’intégration régionale, le commerce et l’industrialisation du continent.
Une immersion dans la Chine sauvage
Pour relier Lhassa à Xining, le groupe des journalistes africains a expérimenté un voyage à bord d’un train wagonlit immatriculé Y840 sur cette ligne de chemin de fer. Durant 21 h de traversée faite de moments de veille et de somnolence, le train a parcouru des monts vertigineux avec parfois des pics couverts de glace, des vallées à perte de vue, des champs de colza, des lacs salés, des vaches et moutons paissant paisiblement, avec au loin des bergers à côté des tentes établies, mais aussi des réserves naturelles comprenant des animaux parmi lesquels des antilopes, des ânes sauvages avançant librement dans ce climat rude des montagnes.
Parfois, on apercevait des ouvriers à l’œuvre sur des routes en chantier, des éoliennes balançant les bras au gré du vent, des pylônes électriques, des antennes fièrement dressées et des camions convoyant du matériel, pour la construction et la rénovation des infrastructures dans cet endroit isolé du monde. Une pluie bienfaisante, précédant un arc-en-ciel géant, a émerveillé les voyageurs comme un bon présage. Sauf que, au cours de la montée du train dans les tunnels, notamment du mont Kunlun (4767m), ou celui de Fenghuoshan (plus haut tunnel ferroviaire au monde avec 4905m), les systèmes d’alimentation en oxygène à bord du train ont dû être activés tant, l’atmosphère était suffocante, propice au vertige, aux maux de tête et aux vomissements.
Une équipe de médecins veillant au grain. C’est avec un ouf de soulagement que le groupe a accueilli, à l’aube du jeudi 25 juin, l’arrivée du train à la gare de Xining. Le temps de visiter le monastère de Kumbum et le groupe Shengyuan Tapis, une société de fabrication de tapis de luxe, les journalistes et leurs encadreurs ont pris le chemin de l’aéroport pour Pékin. Ce voyage aura été un parcours de combattant, mais aussi une immersion exaltante dans une Chine sauvage où la grandeur de la nature invite à la communion avec soi-même.
Blandine TAGBA ABAKI