Le ministre délégué en charge de la Santé, Pr Tchin Darré, a procédé, le 24 février 2026, au CHU Sylvanus Olympio de Lomé, au lancement de l’harmonisation de la tenue vestimentaire du personnel des formations sanitaires sur l’ensemble du territoire national. Le gouvernement engage ainsi une réforme pragmatique du quotidien hospitalier qui vise à renforcer l’efficacité et la confiance. Une réforme qui met l’accent sur la lisibilité des rôles, la sécurité des patients et la valorisation du « Made in Togo », en tant que piliers d’une modernisation silencieuse, mais structurante.

Les blouses et ensembles tuniques désormais en vigueur portés par le personnel médical.
Le ministère de la Santé, de l’Hygiène publique, de la Couverture sanitaire universelle et des Assurances a décidé, le 23 octobre 2024, à travers un arrêté, de réglementer la tenue vestimentaire du personnel des établissements de santé, qu’ils soient publics, privés ou confessionnels. Après des démarches auprès de l’usine Benart Afrique basée à Datcha, dans la préfecture de l’Ogou, le lancement officiel du respect de ce nouveau code vestimentaire s’est déroulé, le 24 février 2026, au CHU Sylvanus Olympio de Lomé. L’objectif affiché est d’instaurer des repères visuels communs permettant d’identifier immédiatement les différents corps professionnels au sein des établissements.
A travers un code couleur harmonisé à l’échelle nationale, les autorités entendent renforcer à la fois la lisibilité des soins et la sécurité des patients, tout en fluidifiant les parcours au sein des hôpitaux. La cérémonie de lancement a été marquée par la remise officielle d’un important lot de tenues destinées au personnel de santé. Cette remise, qui consacre le démarrage effectif de l’application du code vestimentaire national dans les formations sanitaires publiques, privées et confessionnelles du pays, a été officiée, au nom du Président du Conseil, par le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique, de la Couverture sanitaire universelle et des Assurances, Jean-Marie Koffi Ewonoule Tessi, en présence du ministre délégué, Tchin Darré.
Identifier chaque agent hospitalier par sa tenue
Dans le contexte togolais, il s’est avéré que dans de nombreux centres de santé, l’incapacité pour les patients et leurs accompagnants à distinguer médecins, infirmiers, sages-femmes, aides-soignants ou personnels techniques constituait une source récurrente de stress et de perte de temps. Désormais, chaque catégorie professionnelle dispose d’une tenue standardisée, immédiatement reconnaissable. Une clarification essentielle dans un environnement où l’urgence et la pression sont permanentes.
Selon le nouveau code vestimentaire, les médecins, chirurgiens-dentistes et pharmaciens sont en blouses blanches ou en ensemble tunique blanc, les infirmiers porteront un ensemble tunique blanc avec un col bleu et les sages-femmes, une blouse manche courte rose couvrant les genoux ou un ensemble tunique rose rayé. Les accoucheuses sont, désormais, dans un ensemble tunique rose unie. Le personnel technique (laboratoire, bloc) portera des blouses ou ensembles bleu foncé qui sont des tenues spécifiques aux standards internationaux. La blouse vert-clair est attribuée aux auxiliaires en pharmacie, alors que le personnel d’appui (gardes malades, techniciens de surface, buanderie) s’attribue l’ensemble tunique violet. Le personnel administratif (secrétaires, guichets) est en blouse beige ; le personnel de la morgue s’habille en tunique kaki. Les tenues doivent comporter le nom, le prénom et la qualification du personnel. Il est interdit de porter les tenues de service hors des périmètres des formations sanitaires. Les établissements de santé sont responsables de la fourniture des uniformes. C’est une réforme à première vue symbolique, mais qui s’inscrit en réalité dans une stratégie plus large visant à améliorer l’organisation hospitalière et la qualité de l’expérience patient.
Mettre fin à la confusion dans les services
Selon le ministre délégué, en charge de la Santé, Pr. Tchin Darré, cette réforme s’inspire des standards internationalement reconnus en matière d’organisation hospitalière et de sécurité sanitaire, tout en étant pleinement adaptée aux réalités sanitaires, sociales et culturelles du pays. Elle a été conçue selon une approche progressive et inclusive, associant étroitement les représentants des professionnels de santé, les responsables des formations sanitaires et les instances compétentes, afin de garantir un cadre concerté, cohérent et opérationnel. Pour le ministre, « la tenue professionnelle ne saurait se substituer, ni à la compétence médicale, ni à la qualité du traitement prescrit. Elle constitue, toutefois, un levier important de sécurisation de l’environnement de soins, en réduisant les risques de confusion et en renforçant la reconnaissance des rôles. A ce titre, elle contribue à la protection des usagers et au renforcement de la relation de confiance entre patients et professionnels de santé ». Ce point de vue est partagé par Dr Tsolenyanu, secrétaire général du Syndicat des praticiens hospitaliers du Togo (SYNPHOT), pour qui « la blouse est, avant tout, un symbole de confiance ».
A l’hôpital, où chaque minute compte, l’identification rapide du bon interlocuteur peut conditionner la qualité et la rapidité de la prise en charge. L’harmonisation des tenues apparaît ainsi comme un levier discret, mais stratégique, pensé pour améliorer l’efficacité sans alourdir les procédures, explique le gouvernement. Au-delà de la relation soignant-patient, la réforme s’inscrit dans une logique de gouvernance. L’uniformisation visuelle contribue à structurer l’organisation interne des formations sanitaires, à renforcer la discipline professionnelle et à consolider le sentiment d’appartenance au service public.
Le choix assumé du « Made in Togo »
Il faut souligner que l’origine des uniformes constitue un signal fort envoyé lors de la cérémonie. Entièrement produites sur le site industriel de Datcha, les nouvelles tenues traduisent un choix politique clair en faveur du « Made in Togo », à la croisée des enjeux sanitaires, industriels et sociaux.
Dans son intervention, le directeur Afrique de l’usine Benart, M. Dominique Zotoglo, a souligné que cette réforme allait bien au-delà d’une simple dotation vestimentaire. « Ce moment marque bien plus qu’une remise d’uniformes. Il symbolise la rencontre entre exigence sanitaire, industrialisation nationale et création d’emplois durables ». Il a mis en lumière la dimension stratégique de cette production locale, précisant que les blouses manches courtes, blouses manches longues, pantalons et tuniques ont été spécifiquement conçus et développés pour répondre aux réalités du milieu hospitalier et le textile utilisé bénéficie d’un traitement spécifique limitant la prolifération bactérienne. « Ce choix technique renforce la protection du personnel et participe à la maîtrise des risques en milieu hospitalier. Chaque couture, chaque coupe, chaque détail a été pensé pour faciliter les gestes médicaux et assurer durabilité et fonctionnalité », a-t-il souligné. Mais au-delà de l’aspect technique, c’est toute une chaîne de valeur nationale qui est mobilisée. « Chaque tenue représente un emploi local, une famille soutenue et une valeur ajoutée créée sur notre territoire », a insisté le directeur, rappelant l’impact direct de cette politique sur l’emploi et la souveraineté productive du pays.
Certes, cette harmonisation vestimentaire ne saurait à elle seule répondre à l’ensemble des défis structurels du secteur sanitaire, en ce qui concerne la modernisation des plateaux techniques, les infrastructures, les conditions de travail. Elle envoie néanmoins un signal fort, celui d’un système de santé engagé dans une dynamique de rigueur, de lisibilité et de confiance, où chaque réforme, même silencieuse, contribue à améliorer durablement le service rendu au citoyen.
Françoise AOUI
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