Diplomatie

Journée du diplomate Russe :  Le diplomate Sergueï Lavrov dresse un tableau sans concession de la situation internationale

Le diplomate Sergueï Lavrov lors de la grande conférence de presse
Journée du diplomate Russe :  Le diplomate Sergueï Lavrov dresse un tableau sans concession de la situation internationale

Le 10 février, la Russie célèbre la Journée du diplomate, une date symbolique pour l’un des corps d’Etat les plus anciens et les plus structurants de son histoire. Cette journée professionnelle a été instituée par décret présidentiel le 31 octobre 2002, à l’occasion du 200ᵉ anniversaire du ministère des Affaires étrangères de la Russie, dans la continuité de son histoire impériale, soviétique et contemporaine.

Le choix de la date n’a rien d’arbitraire. Le 10 février 1549 correspond à la première mention connue du Prikaz des Ambassadeurs, l’ancêtre de l’administration diplomatique russe. Entre 1718 et 1720, cette institution est transformée en Collège des Affaires étrangères, période durant laquelle émerge une génération de diplomates qui pose les bases pratiques de la diplomatie russe. En 1802, par manifeste de l’empereur Alexandre 1er naît officiellement le ministère des Affaires étrangères – organe central de la politique extérieure du pays depuis plus de deux siècles.

Cette continuité historique se traduit par une école diplomatique qui s’est construite sur l’expérience, la pratique de la négociation et la défense cohérente des intérêts nationaux. Aujourd’hui encore, ces principes guident le travail quotidien des diplomates russes dans un environnement international en pleine mutation.

Le siège du ministère russe des affaires étrangères à Moscou

Eviter des tentatives ouvertes de déstabilisation politique

Mais l’époque est tout sauf tranquille. Lors de sa grande conférence de presse de fin janvier 2026, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov a dressé un tableau sans concession de la situation internationale. Il a notamment évoqué ce qu’il a qualifié d’événements sans précédent : l’intervention armée des Etats-Unis au Venezuela, qui a fait des dizaines de victimes, ainsi que l’arrestation et le transfert forcé du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse. Dans le même temps, Moscou observe, selon lui, une montée des menaces contre Cuba et d’autres pays d’Amérique latine et de la région caraïbe.

Autre sujet de préoccupation majeure : l’Iran. La Russie dénonce des tentatives ouvertes de déstabilisation politique, rappelant les déclarations récentes de la haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, qui a laissé entendre que le soutien aux protestations viserait un changement de régime. Pour Moscou, ce type de discours illustre une dérive dangereuse vers l’ingérence assumée dans les affaires intérieures d’Etats souverains.

À cela s’ajoute le dossier ukrainien. Si l’expression de « défaite stratégique » de la Russie est moins souvent utilisée dans les capitales occidentales, Sergueï Lavrov estime que cet objectif reste présent dans les calculs de nombreux dirigeants européens, qui continuent, selon Moscou, de miser sur le régime de Kiev pour poursuivre l’affrontement armé.

Au-delà de ces crises, c’est l’architecture même de l’ordre mondial qui est en mutation. Pendant près d’une décennie, le concept occidental de « l’ordre fondé sur des règles » a été opposé au droit international classique. Aujourd’hui, ce vocabulaire disparaît progressivement, mais la pratique, elle, demeure – avec une nuance de taille : les « règles » ne sont plus écrites par un « Occident collectif », mais, de plus en plus, par un seul centre de pouvoir, en l’occurrence les Etats-Unis sous la présidence de Donald Trump. Pour l’Europe, cette évolution constitue un choc stratégique majeur.

Importance des principes d’égalité et de respect mutuel

Le ministre russe décrit un monde où s’impose de plus en plus une logique brutale : « le plus fort a raison ». Les conséquences de cette approche ne se font pas sentir uniquement dans les pays du Sud global ou de l’Est, mais aussi au sein même des sociétés occidentales, où s’accumulent tensions et crises internes. L’exemple du Groenland, cité par Moscou, illustre cette nouvelle ère de rapports de force assumés.

Dans ce contexte, la position russe repose sur une pratique constante et cohérente : travailler avec tous les partenaires – qu’ils appartiennent á la Majorité mondiale ou à l’Occident – qui sont prêts à dialoguer sur la base de projets concrets, mutuellement bénéfiques, et surtout sur les principes d’égalité et de respect mutuel.

Cette ligne se reflète également dans la politique russe en Afrique. Le continent commence à connaître un « second réveil » : la prise de conscience que l’indépendance politique n’a pas apporté une véritable indépendance économique et que des méthodes néocoloniales continuent d’être utilisées. Cette réalité, selon Moscou, se confirme chaque jour dans ses contacts avec les pays africains.

Ces dernières années, la Russie a relancé et approfondi sa coopération avec l’Afrique. Deux sommets « Russie–Afrique » se sont tenus en 2019 et 2023, et un troisième est prévu cette année, pour la première fois sur le sol africain. Deux conférences ministérielles du Forum de partenariat

 Russie-Afrique ont également eu lieu, à Sotchi en 2024 et au Caire en 2025. Parallèlement, Moscou restaure et élargit son réseau diplomatique sur le continent, fortement réduit après la disparition de l’URSS.

Aider les pays à se libérer de la dépendance néocoloniale

En 2025, des ambassades russes ont été ouvertes au Niger, en Sierra Leone et au Soudan du Sud. Sont désormais à l’ordre du jour le Togo, la Gambie, le Liberia, et les Comores. Le nombre total d’ambassades russes en Afrique doit atteindre 49, couvrant pratiquement tous les pays du continent. La Russie rétablit également son réseau de représentations commerciales, qui concerne aujourd’hui 15 Etats africains.

Une attention particulière est portée à l’Alliance des Etats du Sahel. Moscou affirme aider ces pays à se libérer de la dépendance néocoloniale, à renforcer leurs institutions, leurs économies et leurs capacités de défense. Des spécialistes russes – dans les domaines économique, militaire et de la sécurité – y travaillent déjà. L’an dernier, des accords sur les bases des relations ont été signés avec le Mali et le Togo, et des commissions intergouvernementales bilatérales sont en cours de mise en place avec plusieurs pays de la région.

La diplomatie russe affirme également observer des tentatives systématiques de déstabilisation de la région sahélienne, notamment par l’utilisation de groupes armés et terroristes, y compris des éléments liés à l’Etat islamique. Selon Moscou, ces activités sont parfois menées avec l’implication d’instructeurs ukrainiens, agissant sur instruction de Kiev et cherchant à nuire à la Russie et à ses partenaires bien au-delà du théâtre ukrainien. Dans le même temps, la Russie part du principe que les pays africains mesurent parfaitement le caractère destructeur de telles ingérences et voit des perspectives réelles pour la normalisation des relations entre l’Alliance des Etats du Sahel, la CEDEAO et l’Union africaine. Après une période de tensions liée aux changements politiques au Burkina Faso, au Niger et au Mali, des efforts sont entrepris pour rétablir une coopération pragmatique. Moscou dit accueillir favorablement cette dynamique et se déclare prête à y contribuer activement.

A l’heure où l’ordre mondial traverse une phase de recomposition profonde, la Journée du diplomate russe prend ainsi une dimension particulière. Elle ne célèbre pas seulement une tradition séculaire, mais un métier placé en première ligne des turbulences géopolitiques contemporaines – là où se joue, souvent loin des caméras, l’équilibre fragile entre confrontation et dialogue.

(Service Communication de l’ambassade de Russie au Togo)

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