Décédé le 4 février 2026, Togbui Agokoli IV inhume à Notsè
Notsè a fait silence le week-end du 20 juin 2026. Quatre mois après son décès survenu le 4 février 2026, Sa Majesté Ewéfiaga Togbui Boniface Fafanyo Kossi Agboli Agokoli IV a été inhumé samedi 20 juin 2026 dans la stricte intimité familiale. Après une messe-veillée, vendredi à place de l’Indépendance, le 4e roi des Ewé a reçu samedi l’eucharistie d’enterrement, célébrée par Mgr Benoît Alowonou, évêque de Kpalimé. C’était en présence du président de l’Assemblée nationale, Komi Selom Klassou, du président du Sénat, Barry Moussa Barqué, des présidents des institutions de la République, de membres du gouvernement, de représentants de la chefferie traditionnelle et des délégations venues du Togo, Ghana, Bénin et de la diaspora, pour rendre un dernier hommage à ce gardien de la mémoire Ewé et pilier de l’unité du peuple Ewé.

La famille éplorée et autres personnalités.
A la messe d’enterrement, et à la veillée, vendredi 19 juin 2026, une foule nombreuse a rassemblé à Notsè, autour des familles royales, des chefs traditionnels venus du Togo, Ghana et Bénin, mais aussi de ministres, députés, sénateurs, préfets, maires, autorités administratives et religieuses. Tous se sont joints au peuple Ewé, dans son ensemble, pour rendre un dernier hommage à sa Majesté Ewéfiaga Togbui Boniface Fafanyo Kossi Agboli Agokoli IV, décédé le 4 février 2026, dans sa 86e année. Réunis dans le recueillement, les fidèles ont élevé prières et chants pour que ce chef traditionnel, qui fut chef sur terre et serviteur de son peuple, bénéficie de tous les bienfaits de Dieu et trouve repos auprès des archanges.
Dans son homélie, l’évêque de Kpalimé, Mgr Benoît Alowonou, est revenu sur l’identité profonde du défunt. Boniface, qui signifie « bonne face », est le prénom de baptême qu’il avait reçu à la paroisse Saint-Baptiste-et-Paul de Badou, des mains du révérend père Anastasius d’Auglie, premier prêtre togolais. « Celui qui croit en moi vivra avec moi dans mon Royaume », a prêché l’évêque, invitant les fidèles à veiller comme des pèlerins. Il a salué la lampe de la foi que Sa Majesté Ewéfiaga Togbui Agokoli IV avait gardée allumée jusqu’à son dernier souffle, le mercredi 4 février 2026, le décrivant comme un homme « calme et sage, doté d’une grande capacité d’écoute », qui « mettait en confiance ceux qui l’approchaient » et avait « un profond respect du sacré, de sa charge comme de sa propre conduite ».
Après l’eucharistie, les rites ancestraux ont pris le relais. Plusieurs groupes traditionnels venus du Togo, du Ghana et du Bénin ont exécuté des chants funèbres, danses et libations pour accompagner le dernier voyage du monarque selon la coutume éwé.

Selon la coutume éwé, on ne présente pas le cercueil du roi, mais ses attributs.
Une autorité empreinte de sagesse face aux défis de la paix
Les témoignages recueillis auprès du ministère de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières, du Conseil National de la Chefferie Traditionnelle du Togo (CNCTT), de l’Union EWETO, d’enseignants-chercheurs jusqu’aux enfants du défunt dressent un même portrait. Figure d’unité, Togbui Agokoli IV a incarné le dialogue entre communautés et porté la voix des Ewé bien au-delà des frontières. Attaché à la valorisation des us et coutumes, il a œuvré pour leur transmission aux générations futures. Au sein de la chefferie traditionnelle togolaise, il a joué un rôle discret, mais décisif pour la cohésion nationale.

Les chefs traditionnels d’Ewéland et de tout le Togo pleurent Agokoli.
« Pour nous, membres du CNCTT, notre vénéré président, Sa Majesté Togbui Agokoli IV, était l’incarnation de la considération inconditionnelle due à la tradition : une autorité dense, empreinte de sagesse et de responsabilité face aux défis de la préservation de la paix, attentive à l’harmonie et à la cohésion sociale au Togo », a déclaré Togbui Mawuto Dzidzoli Detu X, chef de canton d’Aflao Gakli et rapporteur du Conseil. Selon lui, Agokoli IV, grâce à son leadership, a contribué au renforcement des capacités des gardiens des us et coutumes, en ce qui concerne leurs attributions et obligations, leurs rapports avec l’Etat et ses démembrements, et leur rôle de représentants des populations à la base. « Pour Ewéfiaga Togbui Agokoli IV, la couronne royale n’est pas un privilège, ni un passe-droit, mais un devoir coutumier envers le peuple. L’apparat royal est d’abord une tenue de travail », a rappelé Togbui Detu X.
Togbui Agokoli IV n’était pas seulement chef de canton de Notsè et président des chefs traditionnels du Togo. Jusqu’à son décès, il présidait la grande organisation culturelle dénommée « Union EWETO », organisation culturelle regroupant le peuple éwé du Togo, du Ghana, du Bénin et de la diaspora, a souligné Togbui Mawuko Adela Aklassou IV, vice-président de cette Union. Sous son impulsion, celle-ci est devenue un creuset fédérateur où le peuple éwé réfléchit aux défis de la solidarité, de la paix et du développement. Officier de l’ordre du Mono, Togbui Agokoli IV, jouait un rôle qui s’étendait au-delà de la chefferie. Il avait siégé à la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) et à la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR). Il avait par ailleurs activement soutenu les initiatives visant à préserver et à documenter les vestiges archéologiques du site historique de Notsè, à valoriser la muraille d’Agbogbo et à développer le centre patrimonial de Notsè, conçu comme un espace de mémoire, d’éducation et de recherche sur l’histoire, l’archéologie et la culture éwé. Notsè pleure son roi, le Togo perd un repère, et les Ewé gardent le souvenir d’un souverain qui aura su, jusqu’à son dernier souffle, concilier la couronne terrestre et la foi chrétienne.
Komla GOKATSE