Transport Aérien

 « Le Togo est le seul pays à atteindre le niveau de sécurité le plus élevé dans toute la zone ASECNA », selon M.Mohamed Moussa

M. Mohamed Moussa, directeur général de l'ASECNA
 « Le Togo est le seul pays à atteindre le niveau de sécurité le plus élevé dans toute la zone ASECNA », selon M.Mohamed Moussa

L’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA) tient à Lomé, ses 138ème réunion du conseil d’administration et 62ème session du comité des ministres. Dans une interview accordée à notre rédaction, son directeur général, M. Mohamed Moussa, nous précise les enjeux de ces deux sessions. Dans cet entretien, il nous livre les performances de l’Agence au cours de l’année écoulée et revient sur les réalisations de l’Agence au Togo, avant de relever les défis auxquels elle doit faire face d’ici 2023.

Togo-Presse : l’ASECNA organise la 62ème réunion de son comité des Ministres à Lomé. Quel est l’enjeu de cette rencontre ?M. Mohamed Moussa: Comme vous le savez, l’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne assure, pour le compte de 18 Etats, la gestion des espaces aériens. Il a fallu que ces Etats membres mettent en place une convention internationale. Celle-ci a été renouvelée, validée et ratifiée par tous les Etats membres.  C’est donc dans ce processus que des  réunions se tiennent annuellement. Nous  avons, d’un côté,  deux sessions qui se tiennent,  en juillet et décembre, pour le Conseil d’administration de l’Agence.  Donc, c’est la première  qui se tient demain  mercredi 25 juillet. Et de l’autre côté, nous avons une réunion annuelle du comité des ministres. Cette année, c’est le Togo qui accueille les deux réunions.  Les enjeux sont alors très importants : d’abord au niveau du conseil d’administration parce que c’est lui qui veille au bon fonctionnement de l’Agence. Donc, cette année, la session est particulièrement dédiée aux comptes de l’agence, notamment des ressources qu’il faut mobiliser pour permettre la mise en place des équipements nécessaires à la sécurité de la navigation aérienne. Il est  donc heureux que cette réunion se tienne à Lomé, parce que nous l’avons choisie  l’année dernière pour service de site pilote, pour le guidage radar. Lomé est donc, le premier centre ASECNA qui est passé à ce système de navigation radar. Cela signifie aujourd’hui,  que l’espace aérien togolais, bien que réduit, son volume a été démultiplié,  grâce aux moyens techniques.

Togo-Presse : Quelles sont les principales réalisations de l’ASECNA au Togo au cours de ces dernières années ?

M.Mohamed Moussa: L’ASECNA travaille sur la base des normes OACI. Sur une plateforme aéroportuaire, il y a des normes qu’il faut remplir, notamment en matière du personnel qui doit être formé, qualifié et certifié. En ce sens, le Togo dispose des effectifs  qualifiés pour assurer au bien le contrôle de la circulation aérienne que la fourniture des services de la météorologie aéronautique,  ainsi que la maintenance de l’ensemble des équipements qui sont mis à leur  disposition pour pouvoir communiquer avec les avions. L’autre élément important est que l’aéroport de Lomé est un aéroport certifié. Aujourd’hui,  l’ASECNA travaille dans un cadre extrêmement normé et qui remplit toutes les conditions internationales  requises. C’est extraordinaire !  Parce que dans toute l’Afrique,  nous n’avons que 8 aéroports qui sont certifiés et celui de Lomé en fait partie. Dans la zone ASECNA,  nous avons 5 aéroports certifiés dont celui de Lomé. Pourquoi il est certifié ? C’est parce que nous avons été capables  de mettre place toutes les normes, tous les équipements nécessaires, notamment en matière de protection de sécurité-incendie, en infrastructures, en protection contre les invasions des pistes par les périls aviaires. Alors, l’aéroport de Lomé est un modèle  parce que le Togo est le seul pays à atteindre le niveau de sécurité le plus élevé dans toute la zone ASECNA.  C’est le résultat de l’excellent travail de l’Agence Nationale de l’Aviation Civile du Togo  (ANAC),  dont je salue ici son directeur général, le col Latta Dokissime. Aujourd’hui, c’est pratiquement un modèle pour l’Afrique.

Togo-Presse : Pouvons-nous être assurés que l’espace aérien de l’ASECNA est sûr pour la navigation aérienne ?

M. Mohamed Moussa: Oui, je peux l’affirmer que notre espace aérien est sûr. Les espaces aériens de l’ASECNA  font 16 millions de km2.  Notre norme de sécurité,  qui a été fixée par le comité des ministres,  est de veiller à ne pas avoir plus deux incidents sur 100 000 vols. Je ne dis pas accidents.  Parce que c’est le taux zéro  pour les accidents. Mais, je parle d’incident aérien.  Notre norme, c’est  2 incidents sur 100 000 vols.  Alors actuellement,  je peux vous assurer que de janvier à ce jour, nous avons géré 3 incidents sur les 300 000 vols effectués sur cette période. Nous sommes dans la norme. Notre norme  est la plus exigeante en matière de sécurité. Nous sommes à la même norme que les Américains ou les Européens. Donc, de ce point de vue, l’Agence est absolument compétitive. D’ailleurs,  cela se voit, parce que nous avons été constamment certifiés et nous avons régulièrement reçu différents prix de qualité. En exemple, l’année dernière,  nous avons reçu deux prix de l’organisation de l’aviation civile internationale, pour la qualité des services de navigation aérienne que nous rendons. C’est une grande fierté pour tous les pays membres.  Au-delà de ça, la qualité de notre service est reconnue au niveau mondial aujourd’hui,  parce que l’ASECNA a été choisie parmi plusieurs autres candidatures, pour être l’opérateur de service de sécurité aérienne, au titre de l’Union Africaine (UA).  En effet, il y a un accord entre l’Union Européenne et l’UA  pour la mise en œuvre d’un certain nombre de services en particulier, et c’est notre Agence qui a été choisie. Par ailleurs, l’Agence elle-même a modernisé les moyens de communication, notamment terrestre, avec le réseau de station terrienne le plus vaste de 128 stations. Nous avons également un accord avec les Américains pour exploiter leurs systèmes GPS. Ce qui fait qu’aujourd’hui, nous avons de la capacité de voir un avion sur les 16 millions de km2, quel que soit l’endroit où il se trouve dans cette zone. C’est une évolution extrêmement importante que l’ASECNA a accomplie en moins d’une année. Cependant, l’ASECNA veut voir plus loin et elle veut porter l’ambition du continent, à travers un projet important qu’elle porte. Il s’agit du projet satellite qui permet aux avions de pouvoir atterrir sur n’importe quelle piste, avec les procédures les plus favorables. L’Agence vient de lancer les études  et ce projet est fortement soutenu par l’Union européenne pour son financement.

Togo-Presse : Au regard de tous ces résultats, quels sont les défis qui restent à relever ?

M. Mohamed Moussa: Le défi primordial de l’Agence est sa capacité à élargir son potentiel. L’ASECNA est l’organisation la plus ancienne puisqu’elle est née en 1959. Aujourd’hui, elle a accumulé une expérience considérable en matière de sécurité de navigation aérienne. Elle dispose de moyens importants en matière de formation des hommes. Vous savez qu’elle dispose de trois écoles de formation où on forme tous les ingénieurs qui travaillent sur des équipements de l’Agence.  Donc, l’ASECNA a un potentiel  important qui lui permet de relever tous les défis actuels, surtout celui de la communication, de l’extension et d’avoir la capacité de l’interopérabilité.  Nous avons signé des accords pour permettre aux pays qui ne sont pas  membres de l’Agence de  pouvoir échanger les données entre eux. Et l’Agence demande que la sécurité globale des avions soit assurée partout. Donc, le défi c’est cela. Etendre la sécurité à l’intérieur et aux frontières de nos espaces.  Ce sont de grands défis importants à relever et celui de passage aux instruments et moyens satellitaires  qui sont des enjeux du futur. Actuellement,  l’ASECNA est préparée et armée pour qu’à l’horizon 2023, l’ensemble de ces fonctionnalités  nouvelles soient praticables dans notre espace.

Togo-Presse : Le chef de l’Etat, Faure Essozimna Gnassingbé a été porté, en janvier dernier, « Champion » pour porter le projet du Marché Unique du Transport Aérien. Quelle est la contribution de l’ASECNA pour accompagner la mise en œuvre de ce marché unique ?

M. Mohamed Moussa : C’est un sujet important pour nous. Il sera soumis au comité des ministres et à l’ensemble des 18 Etats membres qui vont prendre des décisions importantes dans le cadre du soutien qu’on doit apporter au président de la République, pour l’accomplissement de sa mission, notamment dans l’opérationnalisation. De l’autre côté, le Togo étant membre fondateur de l’ASECNA, il devait pouvoir bénéficier de l’ensemble de soutien, non seulement, de tous les Etats membres, mais également, de disposer de l’expérience de l’Agence.  C’est pour cela que lors de la dernière rencontre,  qui a eu lieu ici,  à Lomé, le chef de l’Etat nous a fait l’honneur de nous associer à toutes les discussions  importantes, pour voir dans quelles mesures l’Agence pourra concourir, à travers son expérience, ses moyens et à travers le soutien politique que nous pouvons apporter, afin que les Etats adhèrent très vite à ce projet. Evidemment que c’est une mission très importante qui est confiée au président togolais et également, c’est une grande partie de l’avenir de l’économie de l’Afrique dont il est en charge.  Donc, l’Agence va contribuer avec ses moyens pour l’assister, tant au plan de décisions politiques et stratégiques qu’au niveau du fonctionnement normal de la marche de  cette opérationnalisation.

Interview réalisée par

Yves T. AWI

 

 

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